01/01/2007

Encore un jour se lève...

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            Quand une année se termine c’est juste un symbole. Une occasion de faire la fête ou alors d’angoisser jusqu’au bout parce qu’on n’a rien de prévu. Et puis pendant la nuit, boire et marcher, de soirées en soirées quand on n’a rien à faire. Etre accueilli à bras ouverts parce que les gens sont déjà plus très frais. Minuit. Ouais… C’est nul. Sert à rien. Encore une soirée. Eux, ils s’étaient défoncés au LSD. Se fixer quelque part après. Continuer à parler. Et puis chez lui. Et puis chez elle. Et puis chez moi. Et puis… sais pas où. Finir la soirée, tous avachis sur des fauteuils ou des canapés. Finir les bouteilles qui traînent par dizaine sur la table, et qui collent. S’endormir, crevé, un peu défoncé. Se forcer à se lever. Et puis tout faire machinalement. Monter dans une voiture ou un taxi sans savoir où on va. Se retrouver ailleurs. Et pareil. Et cætera. Jusqu’à ce qu’on se retrouve chez moi. A midi, ils sont partis. Et j’ai dormi.

            Je n’ai pris aucune bonne résolution. Aucune mauvaise. Rien.

            Cette année fut une des plus riches de ma vie. A la fois, les moments les plus horribles de mon existence, mais aussi les meilleurs, les plus beaux. Début d’année. Angoisse. Angoisse. Angoisse. Angoisse de tout, de la solitude et de mes relations avec lui qui se dégradaient de plus en plus. Je vivais enfermé. J’avais le premier étage pour moi seul, je leur laissais le bas. Et puis la révolution manquée. Parce que les gens savaient pas que c’était une révolution. On aurait du leur dire. On a tout raté. Et puis il y a eu l’épisode du 17 juin. Tout a basculé à ce moment-là. Je suis enfin devenu moi-même. Bonjour Tristesse. L’été. Froid, l’été. Tous les pulls et les manteaux que je pouvais mettre ne me réchauffaient pas, et la condensation de l’air faisait en permanence de la buée en sortant de ma bouche. Brouillard devant les yeux. Et les rencontres. Et puis septembre. L’automne, les feuilles qui tombent des arbres, je suis enfin guérit. Ma tristesse ne s’en va pas pour autant. Quand tu deviens conscient de ce que tu vis, de ce que tu es, quand  tu deviens conscient que ta vie aurait pu être belle, le noir, il est en toi pour toujours. Et puis elle. Qui est entrée dans ma vie. Tout s’est passé si vite… Tout a changé. Grâce à elle. Une vie dans une prison qui nous oblige à vivre pour l’autre. On ne porte plus simplement tout le poids de sa vie, mais on se sent utile en essayant de porter un peu de celle de l’autre. C’est moins lourd. C’est difficile parfois. Mais c’est une prison vraiment jolie. Les murs sont décorés et on n’a pas envie de s’évader. Je ne veux pas être libéré cette année. Et puis le tournant de ma vie. Le déménagement. Mon appartement à moi. Enfin seul. Et puis la fin, l’apothéose. Avec ce concert d’Indochine à Bercy. Belle conclusion. Mais le livre n’est pas terminé…

            Ne pas prévoir. Ne pas prendre de résolutions. Parce que si j’avais décidé de ma vie à l’avance il y a un an, je me serais trompé. Je veux des surprises. Je veux encore de la richesse. Cette année, cette richesse, c’est moi qui l’ai provoquée. Notre vie, on la choisit. Sauf pour les sentiments. Ca fait mal de vivre. Ca fait mal d’aimer. Le bonheur est à la hauteur du mal qu’il nous fait.

            Que le futur soit moins noir. Et c’est tout.

19:42 Écrit par Il y a toujours une petite fille. Toujours la m dans Sur la route des Mots | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook |

09/12/2006

Ceremonia (3/3)

Ce soir le ciel     

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            Je suis seul finalement. Tu n’es pas là. Je pense à toi sans cesse, entre deux bourrasques de vent, en tenant la voiture sur l’autoroute. Arrivée à Paris. Se garer. Et puis j’arrive. Il y a déjà quelques centaines de personnes. On n’est pourtant encore qu’en milieu d’après midi. Je m’assois sur les marches et j’attends, en fumant mes clopes. Je fume jamais d'habitude pourtant. Plusieurs textos de soutien sur mon portable. Quelques appels aussi. Et puis voilà. On m’arrache la partie gauche de mon billet, et il faut courir. Ca y est. Il est à peine dix-neuf heures, je suis dans la fosse, à cinq ou six mètres de la scène.

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            Attendre. Chaleur. Je crève de chaud. Pas grave. On s’en fout. Vingt heures. Première partie. Le groupe Asyl. Punk rock. Pas terrible. Un chanteur à la cheville foulée qui se prend pour Brian Molko sans le talent et le charisme, avec une voix plus qu’ordinaire. Un guitariste qui bat la mesure comme un malade à se bousiller les cervicales, un batteur qui ressemble à Ringo Star, mais qui fait un peu bizarre, pas en rythme (il jouait en rythme, quand même, mais c’est l’impression qu’il donnait). Seul le bassiste m’a à-peu-près plu. Dommage que sa présence scénique soit si faible. Ce groupe n’a donc fait que chauffer la salle. On attendait Indochine.

            Une bonne vingtaine de minutes d’attente. Vingt-et-une heures. Rideau noir. Et puis les lumières s’éteignent. Un carré. Et les soldats du clip de Ladyboy (comme sur l'image) qui jouent du tambour sur le rideau qui sert donc d’écran. Ca va venir. La tension monte. C’est le début du concert. Il fait noir. Tout est dans le suspense.

            Et puis un accord de guitare. Le rideau tombe. Il laisse la place à un autre rideau transparent qui reçoit des images du dernier album studio Alice & June, et qui laisse la place à eux. D’un seul coup. Boris, juste devant moi. Marc Eliard, le bassiste derrière lui, à droite du batteur qui remplace Mr Shoes, souffrant. Et puis il y a ce pianiste qu’on ne connaît pas qui remplace Mr Frédéric du concert 3.6.3., et puis Oli de Sats, qui tient d’ailleurs tout le concert à la guitare, pendant que Boris s’amuse (quel guitariste ce Boris Jardel, d’ailleurs… Impressionnant). Et puis il me faut quelques secondes pour apercevoir Nico, derrière ce rideau transparent et l’image des deux fillettes bien connues maintenant. Et c’est là que je reconnais Dunkerque. Les premiers accords de la chanson. Ma première pensée va pour toi, M. Je me rappele tout de suite – il n’en est pas besoin bien sûr – que tu n’es pas là. Je regarde de tous mes yeux. J’essaye de les avoir aussi grands que les tiens. Je regarde pour toi. Je chante.

           

            Puisque le monde est un pervers

            Moi je continuerai de le narguer

            Puisque le monde est un Enfer

            Plus rien ne m’atteindra…

 

            C’est parti. Nico est à une dizaine de mètres de moi, même pas. Il est habillé d’un pantalon assez large, d’une chemise noire complexe, d’une veste de la même couleur. Il porte un foulard rouge noué autour du bras gauche. Il joue de la guitare. C’est une acoustique noire. Boris a lui une chemise orange sans manche avec un bracelet de force marron. Sa guitare est celle bien connue qui porte un ’’B’’. La orange. Et puis les autres. Eliard est en costume, Oli comme d’habitude, peu souriant, mais efficace. C'est très rock. Guitares saturées. Dunkerque, quoi.

            Dunkerque est à peine terminée qu’on enchaîne directement, sans transition, sans arrêt de musique, sur une superbe version de Ceremonia, avec un refrain très rock. Le rideau transparent tombe à l’entame du premier d’ailleurs.

 

            Des croix en bois

            Et que viennent les bras dans nos bras

            A croire que toi

            Que toi et moi on ira

 

            Tu adores cette chanson, et ce refrain. Les croix en bois que tu aimes tant me rappellent, comme pendant toute la durée du concert d’ailleurs, ton sourire et ton amour pour Indo.

            Et puis le déchaînement. Le vrai début. Là où la fosse a explosé. Sauter, gueuler, hurler, chanter. Alice & June. Nico fait chanter les 17000 fans sur le refrain. Oui, 17000. Tu étais là aussi, toi. Bien sûr. Et puis Marilyn, et puis Gang Bang, et puis Adora, … Tout, je connais tout par cœur. Je chante. Je chante avec toi. Je chante pour toi. On chante ensemble. J’entends ta voix résonner dans mes oreilles.

            Les projecteurs éclairent les arbres, les fleurs, et l’herbe sur laquelle Nico se déchaîne. On est dingues. On est tous dingues. Ca gueule, ça hurle, ça se pousse. Un vrai concert de rock. Enorme. Et bien plus encore.

            L’album Alice & June dégage une extraordinaire intensité sur scène. Pour Bercy, pour le dernier concert à Paris de sa carrière, Indochine aurait pu nous réserver quelques surprises. Comme chanter Pink Water 3 avec Brian Molko. Le leader de Placebo n’était pas là ; ils l’ont jouée sans lui. Ou Aujourd’hui je pleure avec Aqme, absent aussi. Ou terminer le concert par la divine Starlight, qui n’existera donc qu’en album studio. Même pas Melissa Auf Der Mauer qui était tout de même venue à Bercy le 3 juin 2003 pour le dernier concert du Paradize Tour. Si, une invitée, une guitariste que je ne connaissais pas, pendant un medley, qui vient accompagner nos héros sur Stef 2, la seule chanson de l’album Dancetaria, avec Astroboy. Et puis des choristes. Des gosses de douze ou treize ans pour chanter le refrain de Black Page, superbe, je pense le plus beau morceau de ce concert, et donc de la tournée puisque Bercy est le must de tout.

            Et puis J’ai demandé à la lune, une version similaire à celle de 3.6.3, toujours extraordinaire. Les surprises de Punker et Electrastar, de Candy Prend son fusil, des versions acoustiques de Révolution, de Salombô, de la Colline des Roses. Pas de 3ème sexe, de Fleurs pour Salinger ou de Canary Bay ce soir. Non. Pas du grand, du très grand.

            Trois nuits par semaine, et puis des lumières bleues qui accompagnent un air connu de tous… Oui, c’est bien L’Aventurier. C’est parti. Déchaînement encore plus fort. Je n’avais jamais vu une foule dans cet état. J’y suis. C’est superbe.

            Et puis Popstitute, et puis voilà. La fin avec Talulla, pendant laquelle Nicola fait monter une vingtaine de personnes sur scène, qui le serrent dans leurs bras, n’en ont jamais assez, qui touchent leur idole. C’est pour eux aussi, à une échelle plus grande, le plus beau jour de leur vie. Ils repartent ensuite dans les backstages partager avec ceux qu’ils adorent un moment unique. C’est bien.

 

            Vingt-trois heures vingt-deux. Voilà. Nico qui salue une dernière fois. Qui nous dit qu’il nous aime, qu’on est un « putain de public ». Et puis il s’en va. Ils s’en vont. Voilà. C’est terminé. Mais, ça a commencé il y a à peine cinq minutes ! Non ça fait deux heures et demie. Bon. Impressionnant la vitesse à laquelle Bercy se vide. 17000 personnes qui en un quart d’heure qui n’existent plus et qui vont se perdre dans les rues du douzième arrondissement, qui vont aller boire un dernier verre, ou flâner en amoureux sur les quais de scène, ou reprendre – comme moi – leur voiture et rentrer, à Paris ou en province - certains avec qui j'échange quelques mots viennent de Toulouse - ou descendre dans une bouche de métro, ou rentrer à pied dans leur appartement proche pour les plus chanceux. C’est fini. Une pluie fine s’abat sur la capitale. Je la bois. J’aime cette pluie qui me rappelle que je suis toujours vivant. Besoin de me le rappeler ? Je ne sais pas. Oh oui, je suis vivant. Plus que jamais. Je les ai vécus ces moments. Je les ai vécus de toute mon âme. Nico était là, à quelques mètres de moi. Qui sait s’il ne m’a pas regardé dans les yeux, à ce moment, ou à celui-ci ?

            Mais finalement, la scène laisse peu de souvenirs. On regardera – ensemble j’en suis sûr – le DVD comme un concert étranger, qu’on découvrira pour la première fois. Parce qu’on ne se souvient de rien. C’est éphémère parce que c’est tellement fort, tellement intense. Je n’avais jamais connu pareille intensité. Dans les trois concerts auxquels j’avais assisté auparavant, je n’avais jamais ressenti une telle émotion. Je n’avais jamais été en telle adéquation avec l’univers qui m’était proposé devant moi. Je m’attendais à quelque chose de puissant, d’énorme. Je connaissais les qualités scéniques d’Indo qui sont et ont toujours été davantage un groupe de scène qu’un groupe de studios. Mais là… Effectivement, il nous a été donné du énorme, mais pas comme je l’imaginais : à la puissance 1000.

            Maintenant, il y aura un avant, et il y aura un après 8 décembre 2006. « Autour de nous, plus rien ne sera comme avant… ». J’aurai toujours en moi  cette puissance, que les autres ne sauront pas. Je dégagerai de mon âme cette force qui m’a été donnée ce soir et qui restera pour toujours. Parce qu’une simple vie ne suffit pas à se remettre de telle émotions.

            Et puis il y avait toi. M. Tu étais là. Je t’ai emmenée avec moi. Dans mes poches, dans mon âme, dans mes mains, dans mes oreilles, dans mes yeux, dans ma bouche, partout. Tu étais là, toi aussi, oui, ça, c’est certain. Pendant tout le concert tu étais avec moi ; dans mes pensées. Je chantais pour deux. Je t’entendais et j’essayais de corriger mes erreurs, mes fausses notes. Pas facile quand il y a tout ce monde qui chante comme moi, c’est-à-dire plus ou moins faux. Mais pour les paroles, tu ne m’aidais pas. Je te regardais dans les yeux et nous les chantions à l’unisson. Je les connais par cœur et toi aussi. Nous étions « belle et beau », ce soir. Et qu’à celui qui dise que j’étais seul, il lui prenne l’envie soudaine d’« aller faire un tour, en enfer ». Parce que non. Je n’étais pas seul. Nous étions deux. Nous étions 17000, nous étions deux, « le cœur battant le cœur glorieux ». Oh, oui, tu étais avec moi. Plus que jamais. Pendant toute cette nuit au Paradis, j’ai pensé à toi. Bien sûr que tu l’as vu aussi, Nico. Tu l’as vu avec mes yeux. Tu es belle. Et tu resteras, quoi qu’il arrive, une Indogirl géniale. La plus grande de toutes. Celle qui n’a pas besoin d’être là pour que son âme plane sur tout bercy. Non, je n’étais pas seul ce soir.

            C’est ce refrain de Black Page qui hante encore mon esprit alors que la vie a repris son cours, alors que la foule heureuse et remplie quitte Bercy sans se presser. Ce sont ces notes qui résonnent dans les âmes de ceux qui ont suspendu le temps pour s’enfermer dans le bonheur, l’espace d’un concert.

            Nico t’aime. Tu étais là pendant tout ce moment, pendant toutes ces notes, et la dernière s’est refermée sur toi dans un souffle de caresse et d’amour.

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03:29 Écrit par Il y a toujours une petite fille. Toujours la m dans Sur la route des Mots | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook |

07/12/2006

Ceremonia (2/3)

Un jour dans notre vie

 

Voici la lettre que j’ai envoyé à Indochine, cet après-midi. Comme ça. Sans but précis, pour leur expliquer qu’une de leur plus grande fane ne sera pas là vendredi soir. J’ai simplement remplacé son prénom par son initiale, dans un souci de respect pour elle sur ce blog. 

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"Nicola, et tout le groupe Indochine,

 

Quand vous lirez ces lignes, tout cela sera terminé. Tant pis.

 

C’est le concert de demain soir qui me préoccupe. Celui du vendredi 8 décembre 2006 à Bercy.

Cet été. Ca devait être en Juillet. Je vais à la FNAC de Reims, et comme prévu, j’achète deux billets pour ce concert. Celui de la veille était déjà complet. Tout de suite après, j’appelle M. « Ca y est ! Je les ai ! » M était heureuse. Six mois à l’avance. C’était prévu.

On devait venir vous voir à Bercy.

Voici un texte que j’avais écrit quelques jours plus tard.

 

« Merci à Indochine d’exister, d’être éternel. Merci à Indochine d’être Indochine. Ca y est, j’ai les places. Le concert d’Indo le vendredi 8 décembre 2006 à Bercy sera un moment inoubliable. Une extase. Un orgasme géant. Ce sera beau. Je ne vais plus dormir avant la nuit du paradis. Parce que je sais que cette nuit-là, nous serons grands. Après, on pourra mourir tranquille. On écoutera le silence hurler dans la salle. Merci, merci, merci. On se sentira vivre, exister. Tu sais, on sera beaux cette nuit-là…

Ce jour-là, ce soir-là, cette nuit-là. Attendre dans le noir et la chaleur de Bercy. Regarder cette scène et scruter l’étincelle. Ces couleurs et des lumières. Du noir et du blanc. Attendre Nico. Son arrivée. Et puis on criera. Tu verras, on criera. On ira, on verra, on chantera et on criera. On en prendra plein la gueule. Des souvenirs comme ça… Il faut les figer en notre mémoire. Les graver en nous comme ces instants rares et intenses, qu’on ne revivra jamais, mais qui font justement cette intensité. Ce sera la nuit du paradis. La nuit avec Indochine, pour leur dernière tournée. C’est triste. Mais l’excitation d’aller les voir en concert l’emporte. Peut-être que le 22 mars, on sera un peu tristes. Beaucoup, même. C’est comme ça. Ils nous auront laissé tellement d’images dans la tête. On aura fait le plein, ce 8 décembre. Ce sera la nuit de notre vie. ’’Juste envie d’essayer un tour au Paradis’’… »

 

M avait répondu à ce texte (je l’avais mis en ligne sur mon blog précédent) ceci :

 

« Merci Indo, merci Nicola Sirkis d'exister, d'être ce qu'il est et de nous faire rêver, car son Paradize est le nôtre, car nous sommes tous une petite Alice qui se perd dans le noir. Vive Indochine, et vivement le 8 décembre, ce sera un cadeau de Noël inoubliable !!!!! »

 

Ce texte est resté en moi, en nous jusqu’à mardi. Mardi dernier. Trois jours avant le grand soir. M n’habite pas à Reims comme moi mais à Tours. Elle est une très bonne amie. Je l’aime beaucoup. Elle me téléphone pour me dire que ses parents ne veulent pas la laisser aller à Paris. Elle est beaucoup plus fane que moi. Pour certains ça peut paraître impossible mais c’est le cas. Elle était dégoûtée. C’est la dernière tournée d’Indochine, et elle ne pourra jamais vous voir. M devra passer sa vie entière sans le souvenir d’une nuit qui n’existait jusqu’alors que dans ses rêves les plus fous et qui étaient sur le point de se réaliser.

[Dancetaria est terminée. C’est maintenant Juste toi et moi. C’est horrible.]

Moi, il me paraissait évident que si M n’y allait pas, je n’irai pas non plus. Elle, elle veut que j’y aille. Pour elle.

Alors j’ai cherché quelqu’un pour venir avec moi. Personne fan d’Indochine près de chez moi qui puisse. Ou alors des gens qui seraient venus uniquement pour me faire plaisir. C’était hors de question. Je veux pas que pour me faire plaisir, on assiste à un concert de deux heures et demi alors qu’on n’aime pas trop. Oui, je sais, à moi aussi ça me parait inconcevable de ne pas aimer Indo, mais que voulez-vous… La perfection n’est pas de ce monde. La preuve : Indochine arrête. Et puis y aller avec quelqu’un d’autre que M, ça n’aurait pas été pareil.

Bref. Nous étions donc partis pour déprimer chacun chez soi vendredi soir avec M. Quelques heures après avoir raccroché le téléphone, mardi, j’ai écrit ce texte, que j’ai appelé Black Page.

 

« C’est terminé, vendredi, je serai chez moi.

            Six mois que j’attendais. Six mois qu’on attend, tous les deux. Ca allait être beau. On faisait des projets. On voulait arriver en avance pour être le plus près possible de la scène, pour le voir de près, lui, eux. Tu m’as dit que tu crierais. Je t’ai dit que moi aussi. Tu m’as dit comment m’habiller. Je voulais te dire que tu me maquillerais les yeux de noir. On en avait rêvé des nuits et des nuits. On avait partagé nos rêves pour un même objectif : goûter au paradis. Vivre ces instants. L’attente, les lumières qui s’éteindraient. Et puis ce gros lapin devant le rideau qui cacherait la scène et qui se mettrait à jouer du tambour ; et puis tout exploserait. Un accord et tout sauterait. Ils seront 16998. Il y a 17000 places. Parce que tout à l’heure, tu m’as dit que nos rêves ne formeraient jamais qu’un. Qu’ils resteraient chacun dans leur boîte. Dans nos âmes respectives.

            Plus aucune confiance. En personne. Ce soir, ma vie est tombée comme un château de cartes. Ces instants et ces rêves, ces sentiments envolés. Ces impressions fausses, qui étaient des bases solides. Je ne me repose plus sur rien. Je flotte dans le vide. Les branches auxquelles m’accrocher sont trop loin de mes bras. Les nuages autour sur lesquels me poser sont tous trop petits pour moi. Ce soir, je veux mourir. Le futur est tellement certain, tellement horrible. Le 8 décembre aurait dû être le jour de notre découverte du Paradis. Ce soir-là, j’apprendrai l’Enfer. J’apprendrai le sang qui coule et j’apprendrai l’âme qui s’envole vers des rêves et mon imagination qui visiteront d’autres cieux que je ne connaîtrai jamais. J’écouterai le silence en me demandant pourquoi je peux pas crier au milieu de la foule, à côté de toi et devant lui.

            J’arrive pas à trouver les mots. J’y arrive pas. Trop dur. Trop de silences différents qui se bousculent dans ma tête. Il m’a fallu attendre une autre leçon six mois plus tard pour apprendre qu’il ne faut pas compter sur un seul rêve, sur un seul désir, sur une seule maison, pour apprendre qu’il ne faut pas viser trop haut.

            Les rêves ne sont beaux que s’ils restent à jamais en nous. Les projets sont des souffrances si on est obligé d’en accoucher par césarienne. Ils ne seront jamais des projets comme les autres. On gardera une cicatrice à vie de ce passage obligé par lequel on n’est pas passé. On a loupé la sortie. Regrets éternels, comme dans les cimetières. Ce soir ma vie est morte. Et moi avec. Je ne sais pas quoi faire. C’est pas par là qu’il devait sortir, ce projet. C’est par la voie du bonheur. A chaque fois il se dérobe sous mes pieds. Je ne le connaîtrai donc jamais. Je me dirai quoi dans dix ans quand je repenserai à cela ? Car c’est sûr, ces instants sont de ceux qui marquent à jamais la vie d’un Homme. Une cicatrice, tu l’as à vie.

            J’arrive pas à trouver des mots assez forts pour dire à quel point ça pique aux yeux. Vision floue. Flouée par les larmes. Il fait froid. »

 

            Et puis j’ai réfléchi. J’ai réfléchi à ce que m’a dit M. « Vas-y pour moi ». Ca me faisait chier d’assister à un concert tout seul. Des concerts, j’en ai déjà vu. En général, on y va entre amis. Là, un concert seul… Et puis je me suis dit que j’avais quand même vraiment envie de voir Indochine sur scène, parce que c’est le groupe que je préfère, celui avec qui je vis, celui que j’écoute en voiture le matin en allant à la fac, et en rentrant chez moi, celui que je chante sous la douche et celui avec qui je saoule tous mes amis en leur parlant d’Indo à longueur de journée. Indo par-ci, Indo par-là. Demandez-leur, ils en peuvent plus. Ils ont des envies de meurtre sur moi et sur toi, Nico, ils t’en veulent d’être aussi talentueux, et de me toucher tant avec tes textes ou avec tes musiques.

            On m’a conseillé de choisir d’y aller seul.

            C’est ce que je vais faire. Je vais aller voir Indochine à Bercy tout seul. Je sais pas si ça s’est déjà fait dans l’Histoire des concerts mais tant pis. Si ça s’est sûrement déjà fait. Je sais pas. C’est pas la question.

            Vendredi après-midi j’arriverai donc à Paris. Je suis un peu inquiet en voiture dans Paris. J’ai peur de me perdre, de me planter. J’ai peur tout court. Mais je viendrai pour M, et pour Indo. Parce qu’elle aurait tant voulu être là, elle sera là d’ailleurs. Elle sera là, avec moi. Parce que de chez elle, de sa chambre de pleurs, elle sera avec nous plus que quiconque qui vivra ces instants dans la chaleur de Bercy. Elle sera avec nous de toute son âme. Elle sera, elle aussi, à côté de moi, devant Indochine, et devant toi.

            [J’écoute She Night… Quand Stéphane est parti, tu as continué, Nico. T’as pas abandonné. M ne sera pas là, mais elle sera là quand même. Comme Stéphane. Il est là chaque seconde, avec toi, avec vous. Votre souffrance est ce qui vous porte. M me portera.]

Pour que ce moment soit inoubliable, pour vous, pour nous, et pour M. Elle aurait tant voulu être là demain soir."

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20:35 Écrit par Il y a toujours une petite fille. Toujours la m dans Sur la route des Mots | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

06/12/2006

Ceremonia (1/3)

Black page

 

            Voilà. C’est terminé.

            Marre de commencer mes textes par ces deux phrases.

            Tant pis.           

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            C’est terminé, vendredi, je serai chez moi.

            Six mois que j’attendais. Six mois qu’on attend, tous les deux. Ca allait être beau. On faisait des projets. On voulait arriver en avance pour être le plus près possible de la scène, pour le voir de près, lui, eux. Tu m’as dit que tu crierais. Je t’ai dit que moi aussi. Tu m’as dit comment m’habiller. Je voulais te dire que tu me maquillerais les yeux de noir. On en avait rêvé des nuits et des nuits. On avait partagé nos rêves pour un même objectif : goûter au paradis. Vivre ces instants. L’attente, les lumières qui s’éteindraient. Et puis ce gros lapin devant le rideau qui cacherait la scène et qui se mettrait à jouer du tambour ; et puis tout exploserait. Un accord et tout sauterait. Ils seront 16998. Il y a 17000 places. Parce que tout à l’heure, tu m’as dit que nos rêves ne formeraient jamais qu’un. Qu’ils resteraient chacun dans leur boîte. Dans nos âmes respectives.

            Plus aucune confiance. En personne. Ce soir, ma vie est tombée comme un château de cartes. Ces instants et ces rêves, ces sentiments envolés. Ces impressions fausses, qui étaient des bases solides. Je ne me repose plus sur rien. Je flotte dans le vide. Les branches auxquelles m’accrocher sont trop loin de mes bras. Les nuages autour sur lesquels me poser sont tous trop petits pour moi. Ce soir, je veux mourir. Le futur est tellement certain, tellement horrible. Le 8 décembre aurait dû être le jour de notre découverte du Paradis. Ce soir-là, j’apprendrai l’Enfer. J’apprendrai le sang qui coule et j’apprendrai l’âme qui s’envole vers des rêves et mon imagination qui visiteront d’autres cieux que je ne connaîtrai jamais. J’écouterai le silence en me demandant pourquoi je peux pas crier au milieu de la foule, à côté de toi et devant lui.

            J’arrive pas à trouver les mots. J’y arrive pas. Trop dur. Trop de silences différents qui se bousculent dans ma tête. Il m’a fallu attendre une autre leçon six mois plus tard pour apprendre qu’il ne faut pas compter sur un seul rêve, sur un seul désir, sur une seule maison, pour apprendre qu’il ne faut pas viser trop haut.

            Les rêves ne sont beaux que s’ils restent à jamais en nous. Les projets sont des souffrances si on est obligé d’en accoucher par césarienne. Ils ne seront jamais des projets comme les autres. On gardera une cicatrice à vie de ce passage obligé par lequel on n’est pas passé. On a loupé la sortie. Regrets éternels, comme dans les cimetières. Ce soir ma vie est morte. Et moi avec. Je ne sais pas quoi faire. C’est pas par là qu’il devait sortir, ce projet. C’est par la voie du bonheur. A chaque fois il se dérobe sous mes pieds. Je ne le connaîtrai donc jamais. Je me dirai quoi dans dix ans quand je repenserai à cela ? Car c’est sûr, ces instants sont de ceux qui marquent à jamais la vie d’un Homme. Une cicatrice, tu l’as à vie.

            J’arrive pas à trouver des mots assez forts pour dire à quel point ça pique aux yeux. Vision floue. Flouée par les larmes. Il fait froid.

00:38 Écrit par Il y a toujours une petite fille. Toujours la m dans Sur la route des Mots | Lien permanent | Commentaires (15) |  Facebook |

25/11/2006

Le voyage au pays des rêves.

Jusqu’aux étoiles. Nous emmener vers l’ailleurs. Vous connaissez ? C’est un voilier blanc dans un océan vide. L’eau est bleue. 

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Rêver un instant et n’imaginer que cet espace qui nous sépare.

« Dans l’espace entre nous qui suffit à faire un monde

A laisser passer les fleuves qui après nous inondent

Créer de nouveaux monstres, des Adam et des Eves

Hantés par nos chimères plus, plus vivants que nous-mêmes »

(J.-L. Aubert, , Commun accord)

 

Souviens-toi du gris de l'aube. Tu commences une journée. L'infini des matins et la grandeur des soirs. 

Allez, mettons les voiles...

15:18 Écrit par Il y a toujours une petite fille. Toujours la m dans Sur la route des Mots | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |