11/01/2007

I'm tired

C’est quoi « Ça » ?

 

Je suis allé marcher dans les rues de la ville. J’ai vu les magasins et je n’ai croisé que des corps sans âme. J’ai pas ouvert la bouche. J’ai laissé le vent siffler dans mes oreilles et la pluie fouetter mon visage et tremper mes cheveux. Une heure et demie. Je pensais que ça allait me faire du bien...

 

Ah bon ? Ca s’appelle comme ça, ça ? Pourquoi elle me dit ça ? C’est bizarre. Je pensais que c’était plus difficile que ça à vivre, ce « ça ». En fait, il suffit d’avoir bien entamé son autodestruction, et de se regarder se finir, se regarder gâcher notre vie. C’est pas compliqué. Je pleure même pas. J’attends. Je fous rien, et j’ai jamais le temps de rien faire.

               Comment on fait pour vivre, putain ? J’en peux plus. J’ai plus le courage de rien. Même pas de crever. J’attends. Rien ne m’intéresse, rien. Les gens qui m’aiment ne me le montrent jamais assez. Impression. Parce que je le montre trop. Toujours. Je peux pas m’empêcher de le dire et le montrer. Je peux pas m’empêcher d’attendre un retour. Et il n’y a pas de retour. Deviens parano. Me détestent tous. S’en foutent, de ma gueule. Une fois on m’a dit « si tu mourais ça me ferait de la peine ». C’est tout ? Moi, si tu partais, ça me tuerait. Malaise.

               J’en ai marre de perdre du temps à attendre. A cogiter. J’arrive pas à réviser pour les partiels. Je vais encore tout foirer. De quoi demain sera fait ? Abandonné de tous ? Dans la rue ? Mort ? Dans un hôpital psychiatrique ?

               J’arrive pas à pleurer et ça m’énerve. Le vase se remplit et j’attends la goûte d’eau qui me donnera l’insupportable. Je sais pas quoi dire. C’est une boule, là, juste en dessous de la poitrine. C’est des pleurs qui ne viennent pas.

               C’est quoi cette impression ? Ca veut dire quoi quand on ressent ça ? J’ai la trouille. J’ai peur pour moi. Vraiment. J’ai peur de tomber. J’ai le vertige et je perds l’équilibre. Lentement ; vraiment.

               Je sais pas quoi dire à part « putain » et « fait chier ». Je me maquille les yeux de noir et j’attends. Je sais pas ce que j’attends. J’attends que ça passe. Jamais je ne saurai dompter le temps. Et qu’on me dise pas que j’écris bien, parce que franchement, je m’en fous.

               J’ai mon âme au bord des yeux. Mais j’ai pas peur pour mon maquillage parce que je sais que ça coulera pas. Je le sais. Qu’est-ce qu’elles deviennent toutes ces larmes qu’on ne pleure pas ?

               Peut-être qu’on m’aime pour la façade que je montre ? Non. Les vrais proches, je leur montre pas de façade. Je m’aime pas. C’est pour ça que je me cache derrière des vêtements noirs, derrière un bracelet, derrière des sourires forcés, derrière un personnage extravagant, derrière du noir autour les yeux, derrière tout ce que ceux qui me connaissent pas croient que je suis. « Personne ne sait que je suis en vrai ». Dans toutes les règles il y a des exceptions. Sauf dans une : je suis fatigué.

               J’arrive pas à mettre des mots sur ce sentiment qui m’habite. J’irais bien faire une longue promenade à la campagne avec quelqu’un que j’aime. J’ai pas assez de force pour me porter seul. Et ma paranoïa me dit que les autres ont lâché prise depuis bien longtemps. Depuis toujours peut-être. 

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               C’est la nuit. J’arrive pas à dormir. La télé en fond sonore, le noir, l’écran de l’ordinateur sur mes genoux qui donne juste assez de lumière pour le livre sur lequel j’arrive pas à me concentrer. A moitié nu, un truc bleu en tissus orientaux assemblés sur moi, assis en tailleur sur le canapé, j’attends. Je sais pas quoi. La télécommande à gauche, le téléphone à droite. J’attends. J’attends que le temps passe. C’est quand on lui fait les gros yeux qu’il reste près de nous. Il est chiant. I’m tired.

03:44 Écrit par Il y a toujours une petite fille. Toujours la m dans Dans mon appartement | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook |

09/01/2007

Le silence gris des livres

Ils attendent, les objets et les Hommes.

 

            C’est une table qui sent la mort. C’est un verre à moitié vide. C’est un ou deux livres ouverts posés sur le canapé rouge, à côté de la guitare qui attend qu’on vienne la gratter en faisant semblant de dormir. Les Bienveillantes de Littell, La possibilité d’une île de Houellebecq. C’est le clavier de l’ordinateur qui attend que mes doigts viennent le frapper, c’est des vêtements pendus qui attendent qu’on les salisse, ce sont quelques papiers qui attendent d’être triés, des livres qui sont rangés et qui attendent d’être lus, c’est un verre et une cuillère qui sont dans l’évier et attendent d’être lavés, ce sont des chaussures qui dorment derrière la porte, un T-shirt sur le dossier du canapé et un bracelet qui attendent d’être portés. C’est quelques post-it avec des citations qui sont plaqués sur la porte et quelques images, aux murs, qui font rêver les âmes mortes. Ce sont des clés qui ouvrent une serrure et un sac poubelle qui attend d’être changé, une cafetière et une serviette en train de sécher. C’est un chiffon blanc au bord de l’évier, une télé éteinte et un réveil, là-haut, qui dit que le temps passe dans un tic-tac assourdissant. C’est Belle du Seigneur de Cohen, les deux tomes des Trois Mousquetaires de Dumas, Germinal et L’assommoir de Zola, Amok de Zweig, Les extraordinaires Misérables de Victor Hugo, quelques dictionnaires, quelques DVD et quelques livres d’Histoire. Il y a aussi des boites de sardines, une écharpe de l’Irlande, quelques stylos, un paquet de mouchoirs en papiers, un briquet, un accordeur électronique, une pièce de cinquante centimes, un dessous de plat, deux coussins et un téléphone, un poster de Che Guevara et des posters d’Indochine. Et puis des livres de poche aussi. Eugénie Grandet de Balzac, Le Grand Meaulnes, unique œuvre d’Alain-Fournier, quelques Coelho, Stendhal, Van Cauvelaert, Werber, Sagan, Le Prince de Machiavel, Des Cendrars, Jean-Pierre Chabrol, Duras et Le Petit Prince de Sant-Exupéry, et puis Antigone de Anouilh, et caetera.

            Je suis plus mort que vif. J’attends. J’attends ce contact avec le monde extérieur que je sens arriver et ça me ronge, ça me coupe la respiration. Ca m’énerve en silence. Le silence du vide. Le calme avant la tempête. Il me tarde de la dompter, cette tempête. Regarder ces jours gris et mornes par la fenêtre, les voitures qui sortent du parking, juste en face, et ces passants dans la rue, qui ne sont plus que des ombres, un vélo qui passe, une femme qui remonte le col de son manteau, et la pluie ou la grisaille qui s’empare de la ville comme les lumières s’emparaient de Constantinople et des villes de Perse, comme dans ce poème de Verlaine, ou de Nerval, ou d’Apollinaire.

            Le temps est gris. Tout est gris, triste et silencieux.

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Demain, dès l’aube…

 

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur

 

Victor Hugo, Les Contemplations, 1856.

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03:11 Écrit par Il y a toujours une petite fille. Toujours la m dans Dans mon appartement | Lien permanent | Commentaires (11) |  Facebook |

01/01/2007

Encore un jour se lève...

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            Quand une année se termine c’est juste un symbole. Une occasion de faire la fête ou alors d’angoisser jusqu’au bout parce qu’on n’a rien de prévu. Et puis pendant la nuit, boire et marcher, de soirées en soirées quand on n’a rien à faire. Etre accueilli à bras ouverts parce que les gens sont déjà plus très frais. Minuit. Ouais… C’est nul. Sert à rien. Encore une soirée. Eux, ils s’étaient défoncés au LSD. Se fixer quelque part après. Continuer à parler. Et puis chez lui. Et puis chez elle. Et puis chez moi. Et puis… sais pas où. Finir la soirée, tous avachis sur des fauteuils ou des canapés. Finir les bouteilles qui traînent par dizaine sur la table, et qui collent. S’endormir, crevé, un peu défoncé. Se forcer à se lever. Et puis tout faire machinalement. Monter dans une voiture ou un taxi sans savoir où on va. Se retrouver ailleurs. Et pareil. Et cætera. Jusqu’à ce qu’on se retrouve chez moi. A midi, ils sont partis. Et j’ai dormi.

            Je n’ai pris aucune bonne résolution. Aucune mauvaise. Rien.

            Cette année fut une des plus riches de ma vie. A la fois, les moments les plus horribles de mon existence, mais aussi les meilleurs, les plus beaux. Début d’année. Angoisse. Angoisse. Angoisse. Angoisse de tout, de la solitude et de mes relations avec lui qui se dégradaient de plus en plus. Je vivais enfermé. J’avais le premier étage pour moi seul, je leur laissais le bas. Et puis la révolution manquée. Parce que les gens savaient pas que c’était une révolution. On aurait du leur dire. On a tout raté. Et puis il y a eu l’épisode du 17 juin. Tout a basculé à ce moment-là. Je suis enfin devenu moi-même. Bonjour Tristesse. L’été. Froid, l’été. Tous les pulls et les manteaux que je pouvais mettre ne me réchauffaient pas, et la condensation de l’air faisait en permanence de la buée en sortant de ma bouche. Brouillard devant les yeux. Et les rencontres. Et puis septembre. L’automne, les feuilles qui tombent des arbres, je suis enfin guérit. Ma tristesse ne s’en va pas pour autant. Quand tu deviens conscient de ce que tu vis, de ce que tu es, quand  tu deviens conscient que ta vie aurait pu être belle, le noir, il est en toi pour toujours. Et puis elle. Qui est entrée dans ma vie. Tout s’est passé si vite… Tout a changé. Grâce à elle. Une vie dans une prison qui nous oblige à vivre pour l’autre. On ne porte plus simplement tout le poids de sa vie, mais on se sent utile en essayant de porter un peu de celle de l’autre. C’est moins lourd. C’est difficile parfois. Mais c’est une prison vraiment jolie. Les murs sont décorés et on n’a pas envie de s’évader. Je ne veux pas être libéré cette année. Et puis le tournant de ma vie. Le déménagement. Mon appartement à moi. Enfin seul. Et puis la fin, l’apothéose. Avec ce concert d’Indochine à Bercy. Belle conclusion. Mais le livre n’est pas terminé…

            Ne pas prévoir. Ne pas prendre de résolutions. Parce que si j’avais décidé de ma vie à l’avance il y a un an, je me serais trompé. Je veux des surprises. Je veux encore de la richesse. Cette année, cette richesse, c’est moi qui l’ai provoquée. Notre vie, on la choisit. Sauf pour les sentiments. Ca fait mal de vivre. Ca fait mal d’aimer. Le bonheur est à la hauteur du mal qu’il nous fait.

            Que le futur soit moins noir. Et c’est tout.

19:42 Écrit par Il y a toujours une petite fille. Toujours la m dans Sur la route des Mots | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook |