09/01/2007

Le silence gris des livres

Ils attendent, les objets et les Hommes.

 

            C’est une table qui sent la mort. C’est un verre à moitié vide. C’est un ou deux livres ouverts posés sur le canapé rouge, à côté de la guitare qui attend qu’on vienne la gratter en faisant semblant de dormir. Les Bienveillantes de Littell, La possibilité d’une île de Houellebecq. C’est le clavier de l’ordinateur qui attend que mes doigts viennent le frapper, c’est des vêtements pendus qui attendent qu’on les salisse, ce sont quelques papiers qui attendent d’être triés, des livres qui sont rangés et qui attendent d’être lus, c’est un verre et une cuillère qui sont dans l’évier et attendent d’être lavés, ce sont des chaussures qui dorment derrière la porte, un T-shirt sur le dossier du canapé et un bracelet qui attendent d’être portés. C’est quelques post-it avec des citations qui sont plaqués sur la porte et quelques images, aux murs, qui font rêver les âmes mortes. Ce sont des clés qui ouvrent une serrure et un sac poubelle qui attend d’être changé, une cafetière et une serviette en train de sécher. C’est un chiffon blanc au bord de l’évier, une télé éteinte et un réveil, là-haut, qui dit que le temps passe dans un tic-tac assourdissant. C’est Belle du Seigneur de Cohen, les deux tomes des Trois Mousquetaires de Dumas, Germinal et L’assommoir de Zola, Amok de Zweig, Les extraordinaires Misérables de Victor Hugo, quelques dictionnaires, quelques DVD et quelques livres d’Histoire. Il y a aussi des boites de sardines, une écharpe de l’Irlande, quelques stylos, un paquet de mouchoirs en papiers, un briquet, un accordeur électronique, une pièce de cinquante centimes, un dessous de plat, deux coussins et un téléphone, un poster de Che Guevara et des posters d’Indochine. Et puis des livres de poche aussi. Eugénie Grandet de Balzac, Le Grand Meaulnes, unique œuvre d’Alain-Fournier, quelques Coelho, Stendhal, Van Cauvelaert, Werber, Sagan, Le Prince de Machiavel, Des Cendrars, Jean-Pierre Chabrol, Duras et Le Petit Prince de Sant-Exupéry, et puis Antigone de Anouilh, et caetera.

            Je suis plus mort que vif. J’attends. J’attends ce contact avec le monde extérieur que je sens arriver et ça me ronge, ça me coupe la respiration. Ca m’énerve en silence. Le silence du vide. Le calme avant la tempête. Il me tarde de la dompter, cette tempête. Regarder ces jours gris et mornes par la fenêtre, les voitures qui sortent du parking, juste en face, et ces passants dans la rue, qui ne sont plus que des ombres, un vélo qui passe, une femme qui remonte le col de son manteau, et la pluie ou la grisaille qui s’empare de la ville comme les lumières s’emparaient de Constantinople et des villes de Perse, comme dans ce poème de Verlaine, ou de Nerval, ou d’Apollinaire.

            Le temps est gris. Tout est gris, triste et silencieux.

386486391[1][1]

Demain, dès l’aube…

 

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur

 

Victor Hugo, Les Contemplations, 1856.

619272851[1]

03:11 Écrit par Il y a toujours une petite fille. Toujours la m dans Dans mon appartement | Lien permanent | Commentaires (11) |  Facebook |

Commentaires

C'est beau Étienne. J'aime toujours te lire, j'aime ton univers, réel ou fictif.
À bientôt xxx

Écrit par : anxieuse | 09/01/2007

Toutes des coquines ces guitares... Bon, si tu veux sous-louer... t'as déjà l'inventaire ! Bon, c'est pas drôle OK, j'essayais juste ! Ton texte est beau mais il ne peut être laid puisque la plume qui l'a écrit a été trempée dans ton coeur ! L'attente, le silence, le vide : putain, je sais ! Mais je t'assure qu'on en sort ! Tu as la volonté de dompter la tempête donc tu y arriveras... avec ta force, ton courage et du temps... et puis de l'aide aussi, n'hésite pas à lancer des fusées. ;-)

Écrit par : Anne | 09/01/2007

On a l'impression d'y être, de voir à travers tes yeux au fur et à mesure que ton regard scrute ce qui t'entoure. Encore une fois, j'aime beaucoup, parce que c'est bien décrit, parce que ça a l'air sympa aussi ton petit chez-toi. Le froid, le silence, l'attente, je retrouve ces thèmes qui me hantent actuellement... Attendonc l'orage ensemble, il me tarde que celui-ci arrive.
Et puis, y a l'un de mes poèmes préférés :)
Gros bisous Etienne.

Écrit par : Ninon | 09/01/2007

... C'est beau, c'est si bien dit qu'on voit à travers les mots.
J'aime bien le poème d'Hugo que tu as mis.
Bonne soirée.

Écrit par : un petit ange triste | 09/01/2007

hi there En voici des mots qui me parlent...je m'y serais cru chez moi :) J'aime beaucoup cette impression créée par les mots. Moi aussi, je voudrais vivre "un peu plus fort", j'aime bien cette chanson, j'voudrais vraiment avoir cette impression de vie, de dynamisme, de mouvement, mais tout stagne si fort...Je viens de remarquer la petite phrase "Le bonheur est à la hauteur du mal qu’il nous fait..." je suis absolument fan, moi qui suis partisanne (un peu malgré moi, et selon le cours des évenements) du "un mal pour un bien", j'ose espérer que ce que j'ai "enduré" et ce que j'"endure" actuellement (endurer...n'exagérons pas je ne suis pas un martyr) me permettra par la suite de savourer un bonheur d'autant plus intense...L'espoir fait vivre. Au plaisir de te relire :) Bisous

Écrit par : maowgirl | 10/01/2007

Merci beaucoup Anxieuse. Je suis content de tes passages chez moi. Bisous.

Anne, ah bon ? On s'en sort ? C'est vrai ? C'est possible ? Menteuse...

Ninon, mon petit chez moi n'est pas si sympa que ça mais bon... Je pourrai être n'importe où, ça ne le serait pas. Oui, moi aussi, "Demain, dès l'aube..." est l'un de mes poèmes préférés. C'est d'ailleurs pour ça que je l'ai mis. Bisous.

Merci Peutit Ange. Mais c'est une description, donc même mal écrite, on voit à travers les mots. C'est pas un critère. Et puis, tu aimes le poème. Mais comme Ninon : Vous en connaissez beaucoup des gens qui n'aiment pas "Les contemplations" ? Merci à toi. Bizzz.

Maowgirl, merci beaucoup. L'espoir fait plutôt survivre je trouve. Mais il est bien mieux de ne pas en avoir... C'est plus dangereux, mais aussi plus confortable, j'en sais quelque chose. Je suis content de t'accueillir chez moi. Et puis pour la petite phrase, c'est ce qui rythme ma vie. Le moindre sourire est au prix d'un immense effort. Trop immense d'ailleurs. Insupportable même. Parce que la douleur psychologique est toujours bien supérieure à la douleur physique. Toujours. Pour le clip, oui. J'ai préféré remplacé le texte d'intro que personne ne lisait jamais par des clips, que je changerai régulièrement. Peut-être que ça parlera davantage. Bises à toi. Bonne nuit.

Écrit par : Etienne | 10/01/2007

un insuffisant remerciement cette chansOn de saez, ces cOmtemplatiOns..., ces indOchines...; réunion de délicatesses à mOn âme d'écOrchée trOp au vif et surtOut cette magnifique dernière phrase "Le bonheur est à la hauteur du mal qu’il nous fait..."
Ce Temps qui passe sOurnOisement, à quOi bOn ces secOndes qui marquent le retard à nOs vies...."tOut va bien se passer?"

Écrit par : mlle lily hOrs de sa tOmbe | 10/01/2007

Ah non, pas La possibilité d'une île. C'est assez nul comme roman! Tu pourrais plutôt lire Françoise Sagan, je sors de "Des bleus à l'âme" et j'ai adoré! A tout bientôt, si ma connexion à la maison veut bien refonctionner! Bisous

Écrit par : titemel | 10/01/2007

... J'aurais pu écrire un truc ds ce style là ! Ca te dérange pas que j'écrive un texte où je décrirais ma chambre, tu m'inspires ! Enfin, je ne ferai pas cet exercice de style sans ton autorisation !
Le livre "Belle du seigneur" les héros ne s'appellent-ils pas Solal et Arianne. J'ai tjrs voulu lire ce livre ms ne me rappelais plus du titre !
Gros bisous !

Écrit par : Morphine | 10/01/2007

Morphine, tu écris ce que tu veux ma grande, lol. Oui, les héros s'appellent Solal et Ariane. Bon, le livre, il est long, hein : plus de 1100 pages en édition poche. Mais je te conseil de le lire, c'est pour moi LE plus grand roman d'amour de tous les temps.

Mel, j'aime beaucoup Sangan. La possibilité d'une île, même si je déteste Houellebecq, est paradoxalement un roman assez bon, je trouve. Courage Mel. I'm with you.

Mlle lily hors de sa tombe (t'as pas un pseudo moins long ? lol), merci pour tes passages sur mon blog. Je suis heureux de t'accueillir dans mon "fan club", dixit Anne ;) A bientôt.

Écrit par : Moi | 10/01/2007

Hmm Faut dire que tout celà est bien interessant, et inquietant!, non seulement parce qu'on voit ca ecrit mais pcq aussi c'est la realité pour certains.. DOnc mm..ouai.. ;)

Écrit par : Paola | 17/01/2007

Les commentaires sont fermés.