11/12/2006

Amour propre (3/3)

"C'était bien"

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Voilà. C’est terminé. L’embrasser une dernière fois. Et puis attendre un peu. Le train s’en va.

Voilà. Tu regarderas encore longtemps le dernier wagon s’enfoncer dans le brouillard de la gare et te laisser là, les mains dans les poches, dans le froid et la solitude. Elle est partie.

Retour dans l’appartement. Trop froid pour toi. Trop chaud pour elle. Ce livret de CD qu’elle lisait cette nuit alors que tu pleurais dans ses bras est encore là, sur la table. Ce CD de Noir Désir qui te rappellera maintenant son départ. Son verre, que vous n’avez pas rangé, dans lequel elle ne boira plus. Vide. La vaisselle dans laquelle vous avez mangé ensemble pas encore lavée dans l’évier. Ces DVD que vous avez regardés. La télé. Le canapé sur lequel vous vous s’asseyiez. Tu la regardais y dormir, avec son visage apaisé et ses yeux fermés.

Vous saviez pourtant. Vous saviez que ce serait ce matin. Tu ne pensais pas que ça aurait été aussi difficile. Comment on fait pour ne pas chialer comme un gosse quand le train commence à rouler doucement à un mètre de soi, puis de plus en plus vite ? C’est triste un train qui s’en va dans le brouillard du matin. C’est triste parce qu’elle est dedans, et toi ici. A terre. Tué sur place.

T’as commencé à marcher sur le quai, et tu es descendu par les escaliers sous les rails alors que cette chenille qui s’éloignait vers l’horizon te dépassait dans un bruit que tu n’entendais pas. Tu es remonté de l’autre côté. Le silence de cette petite gare vide de trains et vide d’elle t’enveloppait et ne voulait pas sécher tes larmes. Il y avait des amoureux qui se disaient au revoir, une vieille qui compostait son billet, et un homme avec une valise qui achetait une bouteille d’eau.

Elle partait.

Pas toi.

Il y a Les fourmis de Werber, L’Etranger de Camus et Métaphysique des tubes de Nothomb, qu’elle a commencé. Ils sont là, juste à attendre ses doigts qui vont aller se perdre dans d’autres mains, ses yeux qui vont aller t’oublier dans d’autres visages. Cette couverture qui ne la chauffera plus et ce coussin contre lequel tu t’allonges et que tu respires parce qu’il porte encore son odeur, et sur lequel elle ne posera plus la tête. La télécommande du lecteur DVD qui marchait une fois sur deux reste posée là, à l’attendre. T’oses pas y toucher.

Et puis surtout, ce billet de train « aller » posé devant toi, qu’elle a déchiré en deux, que tu garderas, avec le nom de sa ville à côté du mot « Départ », et celui de la tienne à côté du mot « Arrivée ».

Il y a aussi ces deux DVD qu’il faut que tu ramènes au vidéoclub tout-à-l’heure. Pas envie. Pas envie non plus d’aller bosser ce soir. T’as envie de dormir, parce que là, vivre, c’est trop dur. T’as envie qu’elle te téléphone pour entendre encore le son de sa voix, qui te manque tellement aujourd’hui.

Tout est vide sans elle. Elle te manque.

Ses yeux noirs et son sourire qui te regardaient te manquent ; ce sourire que tu aimes tant. Ses jupes bizarres et ses chaussures te manquent. Ses lingettes démaquillantes avec lesquelles elle ne se démaquillait pas te manquent. Il n’y a plus sa brosse à dents ni son mascara dans l’armoire à glace au dessus du lavabo. Il n’y a plus son sac devant la cheminée et il n’y a plus ses cheveux qui baignaient dans l’air.

Il n’y a plus que tes larmes sur tes feuilles qui n’en finissent plus de se noircir de Tristesse. Il n’y a plus que ce morceau de Sopalin avec lequel elle a essuyé de l’eau sur la table qui traîne là depuis cette nuit. T’as pas le courage d’ouvrir le frigo pour voir le reste de la bouteille de Coca Light.

 

T’écoutes L’appartement.

« Attends-moi, toi tu es la reine

Des sommets, l’orage sévit dans les plaines

Tu ne m’entends pas

Je suis parasité, malgré moi… »

 

Il y a deux fois son prénom dans cette chanson. Tout ça est vide. Vide d’elle. Tu ne sais pas quoi faire. Tu es perdu. Le point de l’horizon si brillant parmi tous les autres points – si beau, si coloré – s’est éloigné dans un dernier sourire. Et un dernier instant. Elle t’a dit « c’était bien ». Et puis voilà. Dans le train. Fini. T’as plus que ta mémoire pour la voir et tes larmes qui n’en finissent pas de noyer ta feuille…

 

Tu viens de rentrer chez toi. Tu ne vas pas aller en cours ce matin. Tu ne sauras pas ne pas pleurer au milieu de ces gens, de ces visages hostiles, cachés par le sien qui éblouirait – et qui éblouissait – cet amphi, cette bibliothèque, cette cafétéria, ces rues et ce froid qui te piquerait les yeux et les mains. Rester quelques minutes avec elle sur le quai. Une dizaine, peut-être. Et puis le train. Tu aurais bien voulu la serrer dans tes bras une dernière fois. Mais le train allait partir et un monsieur derrière toi voulait y monter. Tu es redescendu sur le bitûme. Et tu as entendu sa dernière phrase qui restera gravée en toi pour longtemps, qui a marqué ces moments, ces instants, ces jours que vous avez vécus ensemble. « C’était bien ». Et son dernier sourire. Et voilà. Son départ. Et puis son absence dans ce matin gris et froid de novembre.
C’est vrai :

Il est certaines blessures

Au goût de victoires

Ou alors certaines victoires au goût de blessures. Tu dirais ça, plutôt, toi.

T’as envie de sentir encore son odeur près de toi, ses mains dans ton cou et les tiennes dans son dos, vos regards qui se croisent…

Ca fait bizarre de rentrer après, et voir que rien n’a changé. Mais qu’elle n’est plus là. Tous ces objets témoignent des habitudes que vous avez prises ensemble pendant ces quelques jours de Paradis. Ca faisait bizarre d’être heureux…

Mais les larmes qui remplissent la Tristesse ne remplaceront jamais l’absence. Elle t’a appris une des choses les plus importantes de ta vie : lorsqu’on goûte au bonheur – le vrai – quelques jours, lorsqu’on va toucher du doigt le soleil et la lune, alors la retombée est difficile. Il n’y a plus de pesanteur. Tu t’écrases lourdement sur le sol. Elle n’est plus là pour te garder là-haut. Plus on est heureux un moment, plus on est blessé ensuite. La somme de nos souffrances est le résultat direct de la grandeur du bonheur précédent.

Plus on est heureux avant, plus le souvenir du bonheur est difficile, et plus on souffre après. Le mot de la fin, c’est elle qui l’a eu : « c’était bien ».

 

Tu es égoïste. Tu sais que les instants que vous avez vécus n’étaient pas tous beaux pour elle. Mais ce sont ses blessures d’enfance pas encore pansées, encore à vif sous les cicatrices de la distraction qui lui donnent ses souffrances, ses picotements au fond de ses yeux noirs.

Tu noies tes larmes la tête posée sur ce coussin qui porte toujours son odeur. Il est bientôt cinq heures. Elle va arriver à la gare de sa ville. Passer la journée à penser à elle a été le moment le plus triste de ces quelques jours. Parce que son absence est si présente, le vide dans cet appartement est tellement grand, sans elle… L’au revoir, c’est la sanction du fait que l’on s’est vu. L’au revoir est un maître sévère.
           Maintenant, tu ne diras plus « on va rentrer », mais « je vais rentrer ». Vous n’irez plus faire les courses ensemble. Elle ne te fera plus découvrir Björk et toi Noir Désir. Elle ne sera plus là pour éclairer tes jours et tes soirs. La lumière est éteinte, et tu laisses le crépuscule entrer par la fenêtre. Tu fermeras les volets sur cette journée de brouillard et de bruine tout-à-l’heure. Le jour qui tombe n’a jamais été aussi triste que ce soir. Le soleil qui s’en va vers l’horizon. Elle, elle doit descendre du train. Il est l’heure.

Le vide et le silence t’enveloppent. Tu termines ce texte, tu termines une journée où vous n’existiez plus. Une journée semblable aux autres. Sauf que c’est ce matin que tu l’as regardé, la gorge et le ventre noués, le train qui a creusé les restes de lambeaux de nuit, avec elle dedans.

 

Tu peux lui dire un grand merci pour ce qu’elle t’as donné ; pour ces jours merveilleux. Tu es triste, ce soir, parce qu’elle t’as fait connaître le bonheur. Elle est belle.

C’est vrai ce qu’elle a dit : « c’était bien ».

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00:51 Écrit par Il y a toujours une petite fille. Toujours la m dans Dans mon appartement | Lien permanent | Commentaires (14) |  Facebook |

09/12/2006

Ceremonia (3/3)

Ce soir le ciel     

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            Je suis seul finalement. Tu n’es pas là. Je pense à toi sans cesse, entre deux bourrasques de vent, en tenant la voiture sur l’autoroute. Arrivée à Paris. Se garer. Et puis j’arrive. Il y a déjà quelques centaines de personnes. On n’est pourtant encore qu’en milieu d’après midi. Je m’assois sur les marches et j’attends, en fumant mes clopes. Je fume jamais d'habitude pourtant. Plusieurs textos de soutien sur mon portable. Quelques appels aussi. Et puis voilà. On m’arrache la partie gauche de mon billet, et il faut courir. Ca y est. Il est à peine dix-neuf heures, je suis dans la fosse, à cinq ou six mètres de la scène.

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            Attendre. Chaleur. Je crève de chaud. Pas grave. On s’en fout. Vingt heures. Première partie. Le groupe Asyl. Punk rock. Pas terrible. Un chanteur à la cheville foulée qui se prend pour Brian Molko sans le talent et le charisme, avec une voix plus qu’ordinaire. Un guitariste qui bat la mesure comme un malade à se bousiller les cervicales, un batteur qui ressemble à Ringo Star, mais qui fait un peu bizarre, pas en rythme (il jouait en rythme, quand même, mais c’est l’impression qu’il donnait). Seul le bassiste m’a à-peu-près plu. Dommage que sa présence scénique soit si faible. Ce groupe n’a donc fait que chauffer la salle. On attendait Indochine.

            Une bonne vingtaine de minutes d’attente. Vingt-et-une heures. Rideau noir. Et puis les lumières s’éteignent. Un carré. Et les soldats du clip de Ladyboy (comme sur l'image) qui jouent du tambour sur le rideau qui sert donc d’écran. Ca va venir. La tension monte. C’est le début du concert. Il fait noir. Tout est dans le suspense.

            Et puis un accord de guitare. Le rideau tombe. Il laisse la place à un autre rideau transparent qui reçoit des images du dernier album studio Alice & June, et qui laisse la place à eux. D’un seul coup. Boris, juste devant moi. Marc Eliard, le bassiste derrière lui, à droite du batteur qui remplace Mr Shoes, souffrant. Et puis il y a ce pianiste qu’on ne connaît pas qui remplace Mr Frédéric du concert 3.6.3., et puis Oli de Sats, qui tient d’ailleurs tout le concert à la guitare, pendant que Boris s’amuse (quel guitariste ce Boris Jardel, d’ailleurs… Impressionnant). Et puis il me faut quelques secondes pour apercevoir Nico, derrière ce rideau transparent et l’image des deux fillettes bien connues maintenant. Et c’est là que je reconnais Dunkerque. Les premiers accords de la chanson. Ma première pensée va pour toi, M. Je me rappele tout de suite – il n’en est pas besoin bien sûr – que tu n’es pas là. Je regarde de tous mes yeux. J’essaye de les avoir aussi grands que les tiens. Je regarde pour toi. Je chante.

           

            Puisque le monde est un pervers

            Moi je continuerai de le narguer

            Puisque le monde est un Enfer

            Plus rien ne m’atteindra…

 

            C’est parti. Nico est à une dizaine de mètres de moi, même pas. Il est habillé d’un pantalon assez large, d’une chemise noire complexe, d’une veste de la même couleur. Il porte un foulard rouge noué autour du bras gauche. Il joue de la guitare. C’est une acoustique noire. Boris a lui une chemise orange sans manche avec un bracelet de force marron. Sa guitare est celle bien connue qui porte un ’’B’’. La orange. Et puis les autres. Eliard est en costume, Oli comme d’habitude, peu souriant, mais efficace. C'est très rock. Guitares saturées. Dunkerque, quoi.

            Dunkerque est à peine terminée qu’on enchaîne directement, sans transition, sans arrêt de musique, sur une superbe version de Ceremonia, avec un refrain très rock. Le rideau transparent tombe à l’entame du premier d’ailleurs.

 

            Des croix en bois

            Et que viennent les bras dans nos bras

            A croire que toi

            Que toi et moi on ira

 

            Tu adores cette chanson, et ce refrain. Les croix en bois que tu aimes tant me rappellent, comme pendant toute la durée du concert d’ailleurs, ton sourire et ton amour pour Indo.

            Et puis le déchaînement. Le vrai début. Là où la fosse a explosé. Sauter, gueuler, hurler, chanter. Alice & June. Nico fait chanter les 17000 fans sur le refrain. Oui, 17000. Tu étais là aussi, toi. Bien sûr. Et puis Marilyn, et puis Gang Bang, et puis Adora, … Tout, je connais tout par cœur. Je chante. Je chante avec toi. Je chante pour toi. On chante ensemble. J’entends ta voix résonner dans mes oreilles.

            Les projecteurs éclairent les arbres, les fleurs, et l’herbe sur laquelle Nico se déchaîne. On est dingues. On est tous dingues. Ca gueule, ça hurle, ça se pousse. Un vrai concert de rock. Enorme. Et bien plus encore.

            L’album Alice & June dégage une extraordinaire intensité sur scène. Pour Bercy, pour le dernier concert à Paris de sa carrière, Indochine aurait pu nous réserver quelques surprises. Comme chanter Pink Water 3 avec Brian Molko. Le leader de Placebo n’était pas là ; ils l’ont jouée sans lui. Ou Aujourd’hui je pleure avec Aqme, absent aussi. Ou terminer le concert par la divine Starlight, qui n’existera donc qu’en album studio. Même pas Melissa Auf Der Mauer qui était tout de même venue à Bercy le 3 juin 2003 pour le dernier concert du Paradize Tour. Si, une invitée, une guitariste que je ne connaissais pas, pendant un medley, qui vient accompagner nos héros sur Stef 2, la seule chanson de l’album Dancetaria, avec Astroboy. Et puis des choristes. Des gosses de douze ou treize ans pour chanter le refrain de Black Page, superbe, je pense le plus beau morceau de ce concert, et donc de la tournée puisque Bercy est le must de tout.

            Et puis J’ai demandé à la lune, une version similaire à celle de 3.6.3, toujours extraordinaire. Les surprises de Punker et Electrastar, de Candy Prend son fusil, des versions acoustiques de Révolution, de Salombô, de la Colline des Roses. Pas de 3ème sexe, de Fleurs pour Salinger ou de Canary Bay ce soir. Non. Pas du grand, du très grand.

            Trois nuits par semaine, et puis des lumières bleues qui accompagnent un air connu de tous… Oui, c’est bien L’Aventurier. C’est parti. Déchaînement encore plus fort. Je n’avais jamais vu une foule dans cet état. J’y suis. C’est superbe.

            Et puis Popstitute, et puis voilà. La fin avec Talulla, pendant laquelle Nicola fait monter une vingtaine de personnes sur scène, qui le serrent dans leurs bras, n’en ont jamais assez, qui touchent leur idole. C’est pour eux aussi, à une échelle plus grande, le plus beau jour de leur vie. Ils repartent ensuite dans les backstages partager avec ceux qu’ils adorent un moment unique. C’est bien.

 

            Vingt-trois heures vingt-deux. Voilà. Nico qui salue une dernière fois. Qui nous dit qu’il nous aime, qu’on est un « putain de public ». Et puis il s’en va. Ils s’en vont. Voilà. C’est terminé. Mais, ça a commencé il y a à peine cinq minutes ! Non ça fait deux heures et demie. Bon. Impressionnant la vitesse à laquelle Bercy se vide. 17000 personnes qui en un quart d’heure qui n’existent plus et qui vont se perdre dans les rues du douzième arrondissement, qui vont aller boire un dernier verre, ou flâner en amoureux sur les quais de scène, ou reprendre – comme moi – leur voiture et rentrer, à Paris ou en province - certains avec qui j'échange quelques mots viennent de Toulouse - ou descendre dans une bouche de métro, ou rentrer à pied dans leur appartement proche pour les plus chanceux. C’est fini. Une pluie fine s’abat sur la capitale. Je la bois. J’aime cette pluie qui me rappelle que je suis toujours vivant. Besoin de me le rappeler ? Je ne sais pas. Oh oui, je suis vivant. Plus que jamais. Je les ai vécus ces moments. Je les ai vécus de toute mon âme. Nico était là, à quelques mètres de moi. Qui sait s’il ne m’a pas regardé dans les yeux, à ce moment, ou à celui-ci ?

            Mais finalement, la scène laisse peu de souvenirs. On regardera – ensemble j’en suis sûr – le DVD comme un concert étranger, qu’on découvrira pour la première fois. Parce qu’on ne se souvient de rien. C’est éphémère parce que c’est tellement fort, tellement intense. Je n’avais jamais connu pareille intensité. Dans les trois concerts auxquels j’avais assisté auparavant, je n’avais jamais ressenti une telle émotion. Je n’avais jamais été en telle adéquation avec l’univers qui m’était proposé devant moi. Je m’attendais à quelque chose de puissant, d’énorme. Je connaissais les qualités scéniques d’Indo qui sont et ont toujours été davantage un groupe de scène qu’un groupe de studios. Mais là… Effectivement, il nous a été donné du énorme, mais pas comme je l’imaginais : à la puissance 1000.

            Maintenant, il y aura un avant, et il y aura un après 8 décembre 2006. « Autour de nous, plus rien ne sera comme avant… ». J’aurai toujours en moi  cette puissance, que les autres ne sauront pas. Je dégagerai de mon âme cette force qui m’a été donnée ce soir et qui restera pour toujours. Parce qu’une simple vie ne suffit pas à se remettre de telle émotions.

            Et puis il y avait toi. M. Tu étais là. Je t’ai emmenée avec moi. Dans mes poches, dans mon âme, dans mes mains, dans mes oreilles, dans mes yeux, dans ma bouche, partout. Tu étais là, toi aussi, oui, ça, c’est certain. Pendant tout le concert tu étais avec moi ; dans mes pensées. Je chantais pour deux. Je t’entendais et j’essayais de corriger mes erreurs, mes fausses notes. Pas facile quand il y a tout ce monde qui chante comme moi, c’est-à-dire plus ou moins faux. Mais pour les paroles, tu ne m’aidais pas. Je te regardais dans les yeux et nous les chantions à l’unisson. Je les connais par cœur et toi aussi. Nous étions « belle et beau », ce soir. Et qu’à celui qui dise que j’étais seul, il lui prenne l’envie soudaine d’« aller faire un tour, en enfer ». Parce que non. Je n’étais pas seul. Nous étions deux. Nous étions 17000, nous étions deux, « le cœur battant le cœur glorieux ». Oh, oui, tu étais avec moi. Plus que jamais. Pendant toute cette nuit au Paradis, j’ai pensé à toi. Bien sûr que tu l’as vu aussi, Nico. Tu l’as vu avec mes yeux. Tu es belle. Et tu resteras, quoi qu’il arrive, une Indogirl géniale. La plus grande de toutes. Celle qui n’a pas besoin d’être là pour que son âme plane sur tout bercy. Non, je n’étais pas seul ce soir.

            C’est ce refrain de Black Page qui hante encore mon esprit alors que la vie a repris son cours, alors que la foule heureuse et remplie quitte Bercy sans se presser. Ce sont ces notes qui résonnent dans les âmes de ceux qui ont suspendu le temps pour s’enfermer dans le bonheur, l’espace d’un concert.

            Nico t’aime. Tu étais là pendant tout ce moment, pendant toutes ces notes, et la dernière s’est refermée sur toi dans un souffle de caresse et d’amour.

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03:29 Écrit par Il y a toujours une petite fille. Toujours la m dans Sur la route des Mots | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook |

07/12/2006

Ceremonia (2/3)

Un jour dans notre vie

 

Voici la lettre que j’ai envoyé à Indochine, cet après-midi. Comme ça. Sans but précis, pour leur expliquer qu’une de leur plus grande fane ne sera pas là vendredi soir. J’ai simplement remplacé son prénom par son initiale, dans un souci de respect pour elle sur ce blog. 

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"Nicola, et tout le groupe Indochine,

 

Quand vous lirez ces lignes, tout cela sera terminé. Tant pis.

 

C’est le concert de demain soir qui me préoccupe. Celui du vendredi 8 décembre 2006 à Bercy.

Cet été. Ca devait être en Juillet. Je vais à la FNAC de Reims, et comme prévu, j’achète deux billets pour ce concert. Celui de la veille était déjà complet. Tout de suite après, j’appelle M. « Ca y est ! Je les ai ! » M était heureuse. Six mois à l’avance. C’était prévu.

On devait venir vous voir à Bercy.

Voici un texte que j’avais écrit quelques jours plus tard.

 

« Merci à Indochine d’exister, d’être éternel. Merci à Indochine d’être Indochine. Ca y est, j’ai les places. Le concert d’Indo le vendredi 8 décembre 2006 à Bercy sera un moment inoubliable. Une extase. Un orgasme géant. Ce sera beau. Je ne vais plus dormir avant la nuit du paradis. Parce que je sais que cette nuit-là, nous serons grands. Après, on pourra mourir tranquille. On écoutera le silence hurler dans la salle. Merci, merci, merci. On se sentira vivre, exister. Tu sais, on sera beaux cette nuit-là…

Ce jour-là, ce soir-là, cette nuit-là. Attendre dans le noir et la chaleur de Bercy. Regarder cette scène et scruter l’étincelle. Ces couleurs et des lumières. Du noir et du blanc. Attendre Nico. Son arrivée. Et puis on criera. Tu verras, on criera. On ira, on verra, on chantera et on criera. On en prendra plein la gueule. Des souvenirs comme ça… Il faut les figer en notre mémoire. Les graver en nous comme ces instants rares et intenses, qu’on ne revivra jamais, mais qui font justement cette intensité. Ce sera la nuit du paradis. La nuit avec Indochine, pour leur dernière tournée. C’est triste. Mais l’excitation d’aller les voir en concert l’emporte. Peut-être que le 22 mars, on sera un peu tristes. Beaucoup, même. C’est comme ça. Ils nous auront laissé tellement d’images dans la tête. On aura fait le plein, ce 8 décembre. Ce sera la nuit de notre vie. ’’Juste envie d’essayer un tour au Paradis’’… »

 

M avait répondu à ce texte (je l’avais mis en ligne sur mon blog précédent) ceci :

 

« Merci Indo, merci Nicola Sirkis d'exister, d'être ce qu'il est et de nous faire rêver, car son Paradize est le nôtre, car nous sommes tous une petite Alice qui se perd dans le noir. Vive Indochine, et vivement le 8 décembre, ce sera un cadeau de Noël inoubliable !!!!! »

 

Ce texte est resté en moi, en nous jusqu’à mardi. Mardi dernier. Trois jours avant le grand soir. M n’habite pas à Reims comme moi mais à Tours. Elle est une très bonne amie. Je l’aime beaucoup. Elle me téléphone pour me dire que ses parents ne veulent pas la laisser aller à Paris. Elle est beaucoup plus fane que moi. Pour certains ça peut paraître impossible mais c’est le cas. Elle était dégoûtée. C’est la dernière tournée d’Indochine, et elle ne pourra jamais vous voir. M devra passer sa vie entière sans le souvenir d’une nuit qui n’existait jusqu’alors que dans ses rêves les plus fous et qui étaient sur le point de se réaliser.

[Dancetaria est terminée. C’est maintenant Juste toi et moi. C’est horrible.]

Moi, il me paraissait évident que si M n’y allait pas, je n’irai pas non plus. Elle, elle veut que j’y aille. Pour elle.

Alors j’ai cherché quelqu’un pour venir avec moi. Personne fan d’Indochine près de chez moi qui puisse. Ou alors des gens qui seraient venus uniquement pour me faire plaisir. C’était hors de question. Je veux pas que pour me faire plaisir, on assiste à un concert de deux heures et demi alors qu’on n’aime pas trop. Oui, je sais, à moi aussi ça me parait inconcevable de ne pas aimer Indo, mais que voulez-vous… La perfection n’est pas de ce monde. La preuve : Indochine arrête. Et puis y aller avec quelqu’un d’autre que M, ça n’aurait pas été pareil.

Bref. Nous étions donc partis pour déprimer chacun chez soi vendredi soir avec M. Quelques heures après avoir raccroché le téléphone, mardi, j’ai écrit ce texte, que j’ai appelé Black Page.

 

« C’est terminé, vendredi, je serai chez moi.

            Six mois que j’attendais. Six mois qu’on attend, tous les deux. Ca allait être beau. On faisait des projets. On voulait arriver en avance pour être le plus près possible de la scène, pour le voir de près, lui, eux. Tu m’as dit que tu crierais. Je t’ai dit que moi aussi. Tu m’as dit comment m’habiller. Je voulais te dire que tu me maquillerais les yeux de noir. On en avait rêvé des nuits et des nuits. On avait partagé nos rêves pour un même objectif : goûter au paradis. Vivre ces instants. L’attente, les lumières qui s’éteindraient. Et puis ce gros lapin devant le rideau qui cacherait la scène et qui se mettrait à jouer du tambour ; et puis tout exploserait. Un accord et tout sauterait. Ils seront 16998. Il y a 17000 places. Parce que tout à l’heure, tu m’as dit que nos rêves ne formeraient jamais qu’un. Qu’ils resteraient chacun dans leur boîte. Dans nos âmes respectives.

            Plus aucune confiance. En personne. Ce soir, ma vie est tombée comme un château de cartes. Ces instants et ces rêves, ces sentiments envolés. Ces impressions fausses, qui étaient des bases solides. Je ne me repose plus sur rien. Je flotte dans le vide. Les branches auxquelles m’accrocher sont trop loin de mes bras. Les nuages autour sur lesquels me poser sont tous trop petits pour moi. Ce soir, je veux mourir. Le futur est tellement certain, tellement horrible. Le 8 décembre aurait dû être le jour de notre découverte du Paradis. Ce soir-là, j’apprendrai l’Enfer. J’apprendrai le sang qui coule et j’apprendrai l’âme qui s’envole vers des rêves et mon imagination qui visiteront d’autres cieux que je ne connaîtrai jamais. J’écouterai le silence en me demandant pourquoi je peux pas crier au milieu de la foule, à côté de toi et devant lui.

            J’arrive pas à trouver les mots. J’y arrive pas. Trop dur. Trop de silences différents qui se bousculent dans ma tête. Il m’a fallu attendre une autre leçon six mois plus tard pour apprendre qu’il ne faut pas compter sur un seul rêve, sur un seul désir, sur une seule maison, pour apprendre qu’il ne faut pas viser trop haut.

            Les rêves ne sont beaux que s’ils restent à jamais en nous. Les projets sont des souffrances si on est obligé d’en accoucher par césarienne. Ils ne seront jamais des projets comme les autres. On gardera une cicatrice à vie de ce passage obligé par lequel on n’est pas passé. On a loupé la sortie. Regrets éternels, comme dans les cimetières. Ce soir ma vie est morte. Et moi avec. Je ne sais pas quoi faire. C’est pas par là qu’il devait sortir, ce projet. C’est par la voie du bonheur. A chaque fois il se dérobe sous mes pieds. Je ne le connaîtrai donc jamais. Je me dirai quoi dans dix ans quand je repenserai à cela ? Car c’est sûr, ces instants sont de ceux qui marquent à jamais la vie d’un Homme. Une cicatrice, tu l’as à vie.

            J’arrive pas à trouver des mots assez forts pour dire à quel point ça pique aux yeux. Vision floue. Flouée par les larmes. Il fait froid. »

 

            Et puis j’ai réfléchi. J’ai réfléchi à ce que m’a dit M. « Vas-y pour moi ». Ca me faisait chier d’assister à un concert tout seul. Des concerts, j’en ai déjà vu. En général, on y va entre amis. Là, un concert seul… Et puis je me suis dit que j’avais quand même vraiment envie de voir Indochine sur scène, parce que c’est le groupe que je préfère, celui avec qui je vis, celui que j’écoute en voiture le matin en allant à la fac, et en rentrant chez moi, celui que je chante sous la douche et celui avec qui je saoule tous mes amis en leur parlant d’Indo à longueur de journée. Indo par-ci, Indo par-là. Demandez-leur, ils en peuvent plus. Ils ont des envies de meurtre sur moi et sur toi, Nico, ils t’en veulent d’être aussi talentueux, et de me toucher tant avec tes textes ou avec tes musiques.

            On m’a conseillé de choisir d’y aller seul.

            C’est ce que je vais faire. Je vais aller voir Indochine à Bercy tout seul. Je sais pas si ça s’est déjà fait dans l’Histoire des concerts mais tant pis. Si ça s’est sûrement déjà fait. Je sais pas. C’est pas la question.

            Vendredi après-midi j’arriverai donc à Paris. Je suis un peu inquiet en voiture dans Paris. J’ai peur de me perdre, de me planter. J’ai peur tout court. Mais je viendrai pour M, et pour Indo. Parce qu’elle aurait tant voulu être là, elle sera là d’ailleurs. Elle sera là, avec moi. Parce que de chez elle, de sa chambre de pleurs, elle sera avec nous plus que quiconque qui vivra ces instants dans la chaleur de Bercy. Elle sera avec nous de toute son âme. Elle sera, elle aussi, à côté de moi, devant Indochine, et devant toi.

            [J’écoute She Night… Quand Stéphane est parti, tu as continué, Nico. T’as pas abandonné. M ne sera pas là, mais elle sera là quand même. Comme Stéphane. Il est là chaque seconde, avec toi, avec vous. Votre souffrance est ce qui vous porte. M me portera.]

Pour que ce moment soit inoubliable, pour vous, pour nous, et pour M. Elle aurait tant voulu être là demain soir."

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20:35 Écrit par Il y a toujours une petite fille. Toujours la m dans Sur la route des Mots | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

06/12/2006

Ceremonia (1/3)

Black page

 

            Voilà. C’est terminé.

            Marre de commencer mes textes par ces deux phrases.

            Tant pis.           

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            C’est terminé, vendredi, je serai chez moi.

            Six mois que j’attendais. Six mois qu’on attend, tous les deux. Ca allait être beau. On faisait des projets. On voulait arriver en avance pour être le plus près possible de la scène, pour le voir de près, lui, eux. Tu m’as dit que tu crierais. Je t’ai dit que moi aussi. Tu m’as dit comment m’habiller. Je voulais te dire que tu me maquillerais les yeux de noir. On en avait rêvé des nuits et des nuits. On avait partagé nos rêves pour un même objectif : goûter au paradis. Vivre ces instants. L’attente, les lumières qui s’éteindraient. Et puis ce gros lapin devant le rideau qui cacherait la scène et qui se mettrait à jouer du tambour ; et puis tout exploserait. Un accord et tout sauterait. Ils seront 16998. Il y a 17000 places. Parce que tout à l’heure, tu m’as dit que nos rêves ne formeraient jamais qu’un. Qu’ils resteraient chacun dans leur boîte. Dans nos âmes respectives.

            Plus aucune confiance. En personne. Ce soir, ma vie est tombée comme un château de cartes. Ces instants et ces rêves, ces sentiments envolés. Ces impressions fausses, qui étaient des bases solides. Je ne me repose plus sur rien. Je flotte dans le vide. Les branches auxquelles m’accrocher sont trop loin de mes bras. Les nuages autour sur lesquels me poser sont tous trop petits pour moi. Ce soir, je veux mourir. Le futur est tellement certain, tellement horrible. Le 8 décembre aurait dû être le jour de notre découverte du Paradis. Ce soir-là, j’apprendrai l’Enfer. J’apprendrai le sang qui coule et j’apprendrai l’âme qui s’envole vers des rêves et mon imagination qui visiteront d’autres cieux que je ne connaîtrai jamais. J’écouterai le silence en me demandant pourquoi je peux pas crier au milieu de la foule, à côté de toi et devant lui.

            J’arrive pas à trouver les mots. J’y arrive pas. Trop dur. Trop de silences différents qui se bousculent dans ma tête. Il m’a fallu attendre une autre leçon six mois plus tard pour apprendre qu’il ne faut pas compter sur un seul rêve, sur un seul désir, sur une seule maison, pour apprendre qu’il ne faut pas viser trop haut.

            Les rêves ne sont beaux que s’ils restent à jamais en nous. Les projets sont des souffrances si on est obligé d’en accoucher par césarienne. Ils ne seront jamais des projets comme les autres. On gardera une cicatrice à vie de ce passage obligé par lequel on n’est pas passé. On a loupé la sortie. Regrets éternels, comme dans les cimetières. Ce soir ma vie est morte. Et moi avec. Je ne sais pas quoi faire. C’est pas par là qu’il devait sortir, ce projet. C’est par la voie du bonheur. A chaque fois il se dérobe sous mes pieds. Je ne le connaîtrai donc jamais. Je me dirai quoi dans dix ans quand je repenserai à cela ? Car c’est sûr, ces instants sont de ceux qui marquent à jamais la vie d’un Homme. Une cicatrice, tu l’as à vie.

            J’arrive pas à trouver des mots assez forts pour dire à quel point ça pique aux yeux. Vision floue. Flouée par les larmes. Il fait froid.

00:38 Écrit par Il y a toujours une petite fille. Toujours la m dans Sur la route des Mots | Lien permanent | Commentaires (15) |  Facebook |

04/12/2006

Amour propre (2/3)

Veilleuse, veilleur de nuit

 

                Elle dit que la vie ça sert à rien.

                Elle dit que l'univers n'est pas une éternité, et que tout cela n'est qu'un leurre, un immense voile qui ne te sert qu'à cacher le néant dans lequel nous sommes tous destinés à tomber, si ce n'est déjà fait.

                Elle dit que le simple fait de regarder par la fenêtre engendre en elle la Tristesse, la mélancolie, le désespoir.

                Elle dit que quiconque la voit ne la connait pas. A part toi. Et encore.

                Elle dit que finalement, de la vie, à la fin, ne reste que la mort.

                Elle dit que l'on ne sert à rien, que nous sommes notre propre perte et que notre passage dans ce monde abject est insignifiant, inutile.

                Elle dit aussi qu’elle n’a pas envie de mourir.

                Parce qu’elle préfère vivre, c’est-à-dire souffrir, mais ça c’est pour tout le monde. Vivre c’est souffrir. C’est indissociable. Parce qu’elle a l'espoir d'une vie qui pourra - pourquoi pas - être belle.

                Elle dit que ses blessures d'enfance et d'adolescence lui font toujours mal. Elle essaye de s'en débarasser, c'est difficile. Il faut parfois pleurer, parfois montrer sa colère avec violence et parfois blesser, cacher son amour pour être bien. 

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                Comment la rassurer, la consoler, sécher ses larmes, bercer son corps et regarder son visage en souriant, trouver les mots et rire aussi, et essayer de l'aimer, et donner de toi pour lui dire que tout cela est faux ? Oui, comment, puisque tu penses la même chose qu’elle ? Comment la convaincre et la persuader du contraire de tes certitudes ?

                Tu sais que le monde est mort. Tu sais que l'on va tous mourir.

                Pourquoi elle te dit cela ?

 

                Toi aussi, lorsque tu t'assois pour écrire, et que tu regardes par la fenêtre, les passants dans la rue, ou, la nuit, les lampadaires allumés et immobiles, tu es triste. Tu as en toi, de naissance, cette déprime chronique, qui t'interdit avec conviction de t'autoriser à croire en un quelconque futur, qui t'interdit de profiter de l'instant présent, alors que c'est ton rêve le plus fou, qui te rappelle sans cesse cette oppression sociale et ces barrières invisibles mais tellement infranchissables que nous offre notre société d'aujourd'hui qui fait ces horreurs que nous sommes. Tu aimes les autres. Tu te détestes toi-même. Parce que tu n’es pas capable de donner assez aux gens que tu aimes pour qu'ils aient envie de te rendre. Tu es le plus égoïste du monde. Non, tu veux pas plagier L'égoïste romantique de Frédéric Beigbeder. Tu  t'en fous de Beigbeder. Revenons à Elle.

                Tu as envie de lui donner un peu de lumière malgré la noirceur de ta vie. Elle a droit au bonheur, elle mérite d'être heureuse. Tu es trop égoïste pour lui dire que la mort est belle, même si tu le penses. Tu es trop égoïste pour lui avouer que la vie ne sert à rien. Pour lui dire que nous ne servons à rien. Alors tu lui mens. Comme tout le monde nous ment parce que la vérité n'existe pas. La vérité n'est pas de ce monde. Que de constructions hypothétiques idéologiques dans la vie des Hommes qui n'ont pour autre dessein que de faire ce que l'on appelle aujourd'hui la société. Une société qui ne sert à rien. Puisque l'Homme naît, puis l'Homme meurt. Tout ce en quoi nous croyons ne sert qu'à nous leurrer, qu'à nous occuper, qu'à occuper notre esprit pour ne pas penser à cette question existentielle qui a une réponse trop horrible : nous ne servons à rien. Nous ne sommes qu'un point dans l'univers. Un grain de sable parmi les autres grains de sable. C'est peut-être la raison pour laquelle il faut naïvement et sans se poser de questions adopter une attitude existentialiste, c'est-à-dire vivre en se construisant par son action. Une action qui ne sert à rien. Même si adhérer à un parti politique ou à une association, manifester dans les rues, réussir ses études, avoir une relation sérieuse avec une fille - ou un garçon -, en résumé, faire quelque chose de sa vie, ne sert à rien, cela a au moins le mérite de nous occuper. Et donc, cette occupation, composée de différentes actions, aussi inutiles les unes que les autres, a cette faculté de nous construire. Mais pour quoi faire, se construire, si la vie ne sert à rien ? Simplement pour, grâce à des plaisirs ponctuels - oui, n'en demandons pas trop à la vie, nous serions déçus ; ceux qui rêvent trop, entre autres les utopistes, sont toujours déçus, et d'utopiste, on devient dépressif, blasé de la vie et du monde, j'en suis le parfait exemple - rendre la vie plus supportable. Voltaire, dans le dernier chapitre de Candide, nous explique cela à merveille. Mais sans savoir que c'est impossible. Car dès l'instant où l'on a conscience d'être nous-même, c'est-à-dire rien, la vie est difficilement supportable. Alors il faut se forcer. Et remplacer notre hypersensibilité par un peu plus de naïveté et d'acceptation de l'existence ; et puis aussi avoir la faiblesse de croire que les gens nous aiment, ce qui nous aide à ne pas s'en aller de notre propre volonté. Pas tout de suite en tous cas. Parce que tu n’es pas totalement naïf. Tu sais bien que tu ne vas pas vivre aussi longtemps que tu as vécu.

 

                Tu aimerais bien pouvoir t’excuser mille fois pour ce texte que tu viens de lui écrire. Ca remonte pas vraiment le moral. C’est dur l’amitié. Pourtant tu l’aimes. Tu l'aimes cette petite soeur. Et même si ça la fait parfois souffrir, tu sais que ça lui fait aussi du bien. C’est beau ce que vous vivez, vraiment beau. Tu seras toujours là, et elle le sait. Si elle ne veut plus de toi, tu seras là pour la laisser. Elle est libre. Parce que tu t’empêches de dormir pour veiller ses songes, pour battre les monstres qui viennent éteindre les étoiles de son sommeil.

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Comme un petit garçon innocent trop faible pour lutter contre les grandes personnes qui se croient utiles et qui pensent que leurs vies comptent, tu l’entoures de tous tes bras pour qu’elle n’ai pas peur et pour la protéger du reste du monde.

23:37 Écrit par Il y a toujours une petite fille. Toujours la m dans Dans mon appartement | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

03/12/2006

Amour propre (1/3)

Amour propre

 

            C’est pas compliqué à comprendre. C’est difficile à admettre. Tu lui en demandes trop tu sais. Elle peut plus. Elle, elle est là, elle attend. Elle galère. Elle bouge. Elle chante et elle écrit. Elle réfléchit, elle dort et elle rêve. Elle parle vers d’autres visages, elle sourit à d’autres sourires et elle regarde d’autres yeux.

            Toi, tu peux pas être là tout le temps. Sinon tu la tues. Sinon tu la fais souffrir. Tu l’étouffes. Elle a besoin de cette Liberté qu’elle s’est construite au fur et à mesure de son enfance, de son adolescence. Elle a besoin de se retrouver seule face à elle-même pour se dire que finalement elle n’est pas si mal que ça, qu’elle est jolie et qu’elle est quelqu’un de bien. Elle a besoin de rêver à de l’anticonformisme et à des trucs bizarres. Elle a besoin d’être seule. Seule dans sa chambre, avec ses secrets, ses petits trucs qu’elle ne veut pas te dire. Parce qu’elle en aime d’autres aussi, forcément. Elle en aime d’autres alors elle fait gaffe. Elle, elle s’en fout de ceux que t’aime. Mais elle sait que t’es jaloux. Pour tout. Alors oui. Elle fait gaffe. Elle t’emmène pas sur tous les chemins qu’elle aime.

            Elle t’emmène juste en elle. Elle te dit tout. Presque tout. Elle te blesse parfois. Souvent. Elle te blesse comme toi tu la blesses quand tu lui dis qu'elle est pas prisonnière, qu’elle est pas obligée de se forcer à rester avec toi, qu’elle est pas tenue de te supporter rien que pour te faire plaisir. Quand tu lui dis ça, elle a mal aussi. Mais tu peux pas t’empêcher. C’est une manière d’être une victime héroïque. Sauf qu’elle, elle est pas dupe. Elle sait bien. Elle te connaît par cœur.

           

            C’est bizarre ces relations qui se construisent sur rien. C’est simplement échanger un mot, une parole, une attention particulière ou remarquer quelque chose qui nous frappe chez la personne. Toi, t’as tout de suite su. T’as tout de suite su qu’elle compterait pour toi. Tu savais pas comment bien sûr. On peut pas savoir au début. Mais t’as su. Elle ne serait pas qu’une connaissance à qui tu parlerais de temps-en-temps.

            Tu es vraiment quelqu’un d’entier. C’est parfois un défaut, mais ça peut aussi être une qualité. Et tu l’aimes. Tu en veux de son amitié. Tu en veux à mort. Mais c’est pas possible. T’es trop exigent. Elle peut pas te réserver une amitié exclusive. Tu sais bien. Alors tu te contentes de ce qu’elle te donne. C’est déjà beaucoup. Tu te rends bien compte que c’est déjà beaucoup. Mais tu veux plus. C’est impossible. Tu te laisserais étouffer par son amour si elle pouvait t’en donner autant. Mais personne ne peut en donner autant. Même pas toi. Tu le crois parfois, avec ta petite prétention d’enfant gâté ou d’enfant triste, mais tu peux pas. On peut pas aimer autant qu’on le veut.

            Tu lui donnes tout ce que t’as. L'Homme est une prison d'où l'âme peut s'envoler. La tienne, tout entière, va vers elle. C’est pas forcément bien pour toi. Oui tu dis toujours que toi tu t’en fous, que tu préfères donner à celles et ceux que t’aimes plutôt qu’à toi. C’est normal ; je comprends. Mais essaye d’être un peu plus égoïste. T’as vu comment tu souffres ? T’as vu comment tu souffres à chaque fois qu’elle s’en va, à chaque fois qu’elle te quitte, qu’elle monte dans le train ou qu’elle raccroche le téléphone ? Tu vois la déprime post-coïtale après l’amour. Ben c’est pareil. C’est la déprime post-voix, post-visage, post-sourire, post-mélodie, post-sentiments, post-amitié. C’est la déprime de la retombée. N’être rien, d’un seul coup, après avoir été tout pour celle qui est tout, qui est ta meilleure amie. A chaque fois tu souffres, tu galères. Et puis tu te dis que c’est normal. Qu’elle va pas rester toujours avec toi, qu’elle va en avoir marre. Elle est pas capable de te supporter comme toi t’es capable de la supporter, de la laisser t’envahir jusqu’à te bouffer. Tu le sais bien, elle te l’a déjà dit, c’est normal.

            Pourtant, tu l’aimes. Tu l’aimes avec l’amour qu’elle te donne et tu l’aimes avec ces blessures qu’elle te fait par son indifférence et sa pudeur parfois qui masquent un peu la compréhension qu’elle te donne pourtant toujours. Tu aimes ses défauts : la maladresse dans les mots, la franchise ; tu aimes ses qualités : sa franchise et sa maladresse dans les mots, et puis son sourire, son intelligence, sa vivacité, sa manière de rêver, de te regarder et son besoin de solitude, son manque d’ambition et son a priori manque de confiance en elle. Tu aimes ce qu’elle est. Tu aimes cet intérieur que toi seul connait, ces angoisses, ces peurs et ses haines qu'elle ne montre qu'à toi. Elle est celle que tu essayes d'aider à trouver des solutions pour vivre, celle que tu appelles quand ça va pas. Même si tu sais qu’elle te rassurera peut-être pas. Si. Elle te rassure toujours. Pas dans la minute, mais toujours. Et c’est ce « pas dans la minute » qui te fait mal à chaque fois ; mais l’espace d’un instant. Tu comprends. Et cet instant résonne en toi jusqu’au prochain moment de bonheur.

           

            Mais tu es trop sentimental, trop jaloux, trop entier. Tu n’as pas fini de souffrir.

            Mais tu l’aimes trop pour arrêter cette souffrance. Et puis, rester son ami, ça te protège. Si tu ne l’étais plus, tu serais pire.

            Parce que le partage qu’est l’amitié, sous ton âme, se révèle comme une interminable jalousie. C’est tellement beau pourtant ce partage… Pour rien au monde tu l’échangerais. Et pour rien au monde tu l’échangerais Elle.

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19:56 Écrit par Il y a toujours une petite fille. Toujours la m dans Dans mon appartement | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |