09/12/2006

Ceremonia (3/3)

Ce soir le ciel     

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            Je suis seul finalement. Tu n’es pas là. Je pense à toi sans cesse, entre deux bourrasques de vent, en tenant la voiture sur l’autoroute. Arrivée à Paris. Se garer. Et puis j’arrive. Il y a déjà quelques centaines de personnes. On n’est pourtant encore qu’en milieu d’après midi. Je m’assois sur les marches et j’attends, en fumant mes clopes. Je fume jamais d'habitude pourtant. Plusieurs textos de soutien sur mon portable. Quelques appels aussi. Et puis voilà. On m’arrache la partie gauche de mon billet, et il faut courir. Ca y est. Il est à peine dix-neuf heures, je suis dans la fosse, à cinq ou six mètres de la scène.

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            Attendre. Chaleur. Je crève de chaud. Pas grave. On s’en fout. Vingt heures. Première partie. Le groupe Asyl. Punk rock. Pas terrible. Un chanteur à la cheville foulée qui se prend pour Brian Molko sans le talent et le charisme, avec une voix plus qu’ordinaire. Un guitariste qui bat la mesure comme un malade à se bousiller les cervicales, un batteur qui ressemble à Ringo Star, mais qui fait un peu bizarre, pas en rythme (il jouait en rythme, quand même, mais c’est l’impression qu’il donnait). Seul le bassiste m’a à-peu-près plu. Dommage que sa présence scénique soit si faible. Ce groupe n’a donc fait que chauffer la salle. On attendait Indochine.

            Une bonne vingtaine de minutes d’attente. Vingt-et-une heures. Rideau noir. Et puis les lumières s’éteignent. Un carré. Et les soldats du clip de Ladyboy (comme sur l'image) qui jouent du tambour sur le rideau qui sert donc d’écran. Ca va venir. La tension monte. C’est le début du concert. Il fait noir. Tout est dans le suspense.

            Et puis un accord de guitare. Le rideau tombe. Il laisse la place à un autre rideau transparent qui reçoit des images du dernier album studio Alice & June, et qui laisse la place à eux. D’un seul coup. Boris, juste devant moi. Marc Eliard, le bassiste derrière lui, à droite du batteur qui remplace Mr Shoes, souffrant. Et puis il y a ce pianiste qu’on ne connaît pas qui remplace Mr Frédéric du concert 3.6.3., et puis Oli de Sats, qui tient d’ailleurs tout le concert à la guitare, pendant que Boris s’amuse (quel guitariste ce Boris Jardel, d’ailleurs… Impressionnant). Et puis il me faut quelques secondes pour apercevoir Nico, derrière ce rideau transparent et l’image des deux fillettes bien connues maintenant. Et c’est là que je reconnais Dunkerque. Les premiers accords de la chanson. Ma première pensée va pour toi, M. Je me rappele tout de suite – il n’en est pas besoin bien sûr – que tu n’es pas là. Je regarde de tous mes yeux. J’essaye de les avoir aussi grands que les tiens. Je regarde pour toi. Je chante.

           

            Puisque le monde est un pervers

            Moi je continuerai de le narguer

            Puisque le monde est un Enfer

            Plus rien ne m’atteindra…

 

            C’est parti. Nico est à une dizaine de mètres de moi, même pas. Il est habillé d’un pantalon assez large, d’une chemise noire complexe, d’une veste de la même couleur. Il porte un foulard rouge noué autour du bras gauche. Il joue de la guitare. C’est une acoustique noire. Boris a lui une chemise orange sans manche avec un bracelet de force marron. Sa guitare est celle bien connue qui porte un ’’B’’. La orange. Et puis les autres. Eliard est en costume, Oli comme d’habitude, peu souriant, mais efficace. C'est très rock. Guitares saturées. Dunkerque, quoi.

            Dunkerque est à peine terminée qu’on enchaîne directement, sans transition, sans arrêt de musique, sur une superbe version de Ceremonia, avec un refrain très rock. Le rideau transparent tombe à l’entame du premier d’ailleurs.

 

            Des croix en bois

            Et que viennent les bras dans nos bras

            A croire que toi

            Que toi et moi on ira

 

            Tu adores cette chanson, et ce refrain. Les croix en bois que tu aimes tant me rappellent, comme pendant toute la durée du concert d’ailleurs, ton sourire et ton amour pour Indo.

            Et puis le déchaînement. Le vrai début. Là où la fosse a explosé. Sauter, gueuler, hurler, chanter. Alice & June. Nico fait chanter les 17000 fans sur le refrain. Oui, 17000. Tu étais là aussi, toi. Bien sûr. Et puis Marilyn, et puis Gang Bang, et puis Adora, … Tout, je connais tout par cœur. Je chante. Je chante avec toi. Je chante pour toi. On chante ensemble. J’entends ta voix résonner dans mes oreilles.

            Les projecteurs éclairent les arbres, les fleurs, et l’herbe sur laquelle Nico se déchaîne. On est dingues. On est tous dingues. Ca gueule, ça hurle, ça se pousse. Un vrai concert de rock. Enorme. Et bien plus encore.

            L’album Alice & June dégage une extraordinaire intensité sur scène. Pour Bercy, pour le dernier concert à Paris de sa carrière, Indochine aurait pu nous réserver quelques surprises. Comme chanter Pink Water 3 avec Brian Molko. Le leader de Placebo n’était pas là ; ils l’ont jouée sans lui. Ou Aujourd’hui je pleure avec Aqme, absent aussi. Ou terminer le concert par la divine Starlight, qui n’existera donc qu’en album studio. Même pas Melissa Auf Der Mauer qui était tout de même venue à Bercy le 3 juin 2003 pour le dernier concert du Paradize Tour. Si, une invitée, une guitariste que je ne connaissais pas, pendant un medley, qui vient accompagner nos héros sur Stef 2, la seule chanson de l’album Dancetaria, avec Astroboy. Et puis des choristes. Des gosses de douze ou treize ans pour chanter le refrain de Black Page, superbe, je pense le plus beau morceau de ce concert, et donc de la tournée puisque Bercy est le must de tout.

            Et puis J’ai demandé à la lune, une version similaire à celle de 3.6.3, toujours extraordinaire. Les surprises de Punker et Electrastar, de Candy Prend son fusil, des versions acoustiques de Révolution, de Salombô, de la Colline des Roses. Pas de 3ème sexe, de Fleurs pour Salinger ou de Canary Bay ce soir. Non. Pas du grand, du très grand.

            Trois nuits par semaine, et puis des lumières bleues qui accompagnent un air connu de tous… Oui, c’est bien L’Aventurier. C’est parti. Déchaînement encore plus fort. Je n’avais jamais vu une foule dans cet état. J’y suis. C’est superbe.

            Et puis Popstitute, et puis voilà. La fin avec Talulla, pendant laquelle Nicola fait monter une vingtaine de personnes sur scène, qui le serrent dans leurs bras, n’en ont jamais assez, qui touchent leur idole. C’est pour eux aussi, à une échelle plus grande, le plus beau jour de leur vie. Ils repartent ensuite dans les backstages partager avec ceux qu’ils adorent un moment unique. C’est bien.

 

            Vingt-trois heures vingt-deux. Voilà. Nico qui salue une dernière fois. Qui nous dit qu’il nous aime, qu’on est un « putain de public ». Et puis il s’en va. Ils s’en vont. Voilà. C’est terminé. Mais, ça a commencé il y a à peine cinq minutes ! Non ça fait deux heures et demie. Bon. Impressionnant la vitesse à laquelle Bercy se vide. 17000 personnes qui en un quart d’heure qui n’existent plus et qui vont se perdre dans les rues du douzième arrondissement, qui vont aller boire un dernier verre, ou flâner en amoureux sur les quais de scène, ou reprendre – comme moi – leur voiture et rentrer, à Paris ou en province - certains avec qui j'échange quelques mots viennent de Toulouse - ou descendre dans une bouche de métro, ou rentrer à pied dans leur appartement proche pour les plus chanceux. C’est fini. Une pluie fine s’abat sur la capitale. Je la bois. J’aime cette pluie qui me rappelle que je suis toujours vivant. Besoin de me le rappeler ? Je ne sais pas. Oh oui, je suis vivant. Plus que jamais. Je les ai vécus ces moments. Je les ai vécus de toute mon âme. Nico était là, à quelques mètres de moi. Qui sait s’il ne m’a pas regardé dans les yeux, à ce moment, ou à celui-ci ?

            Mais finalement, la scène laisse peu de souvenirs. On regardera – ensemble j’en suis sûr – le DVD comme un concert étranger, qu’on découvrira pour la première fois. Parce qu’on ne se souvient de rien. C’est éphémère parce que c’est tellement fort, tellement intense. Je n’avais jamais connu pareille intensité. Dans les trois concerts auxquels j’avais assisté auparavant, je n’avais jamais ressenti une telle émotion. Je n’avais jamais été en telle adéquation avec l’univers qui m’était proposé devant moi. Je m’attendais à quelque chose de puissant, d’énorme. Je connaissais les qualités scéniques d’Indo qui sont et ont toujours été davantage un groupe de scène qu’un groupe de studios. Mais là… Effectivement, il nous a été donné du énorme, mais pas comme je l’imaginais : à la puissance 1000.

            Maintenant, il y aura un avant, et il y aura un après 8 décembre 2006. « Autour de nous, plus rien ne sera comme avant… ». J’aurai toujours en moi  cette puissance, que les autres ne sauront pas. Je dégagerai de mon âme cette force qui m’a été donnée ce soir et qui restera pour toujours. Parce qu’une simple vie ne suffit pas à se remettre de telle émotions.

            Et puis il y avait toi. M. Tu étais là. Je t’ai emmenée avec moi. Dans mes poches, dans mon âme, dans mes mains, dans mes oreilles, dans mes yeux, dans ma bouche, partout. Tu étais là, toi aussi, oui, ça, c’est certain. Pendant tout le concert tu étais avec moi ; dans mes pensées. Je chantais pour deux. Je t’entendais et j’essayais de corriger mes erreurs, mes fausses notes. Pas facile quand il y a tout ce monde qui chante comme moi, c’est-à-dire plus ou moins faux. Mais pour les paroles, tu ne m’aidais pas. Je te regardais dans les yeux et nous les chantions à l’unisson. Je les connais par cœur et toi aussi. Nous étions « belle et beau », ce soir. Et qu’à celui qui dise que j’étais seul, il lui prenne l’envie soudaine d’« aller faire un tour, en enfer ». Parce que non. Je n’étais pas seul. Nous étions deux. Nous étions 17000, nous étions deux, « le cœur battant le cœur glorieux ». Oh, oui, tu étais avec moi. Plus que jamais. Pendant toute cette nuit au Paradis, j’ai pensé à toi. Bien sûr que tu l’as vu aussi, Nico. Tu l’as vu avec mes yeux. Tu es belle. Et tu resteras, quoi qu’il arrive, une Indogirl géniale. La plus grande de toutes. Celle qui n’a pas besoin d’être là pour que son âme plane sur tout bercy. Non, je n’étais pas seul ce soir.

            C’est ce refrain de Black Page qui hante encore mon esprit alors que la vie a repris son cours, alors que la foule heureuse et remplie quitte Bercy sans se presser. Ce sont ces notes qui résonnent dans les âmes de ceux qui ont suspendu le temps pour s’enfermer dans le bonheur, l’espace d’un concert.

            Nico t’aime. Tu étais là pendant tout ce moment, pendant toutes ces notes, et la dernière s’est refermée sur toi dans un souffle de caresse et d’amour.

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03:29 Écrit par Il y a toujours une petite fille. Toujours la m dans Sur la route des Mots | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook |

Commentaires

... Ca avait l'air trés bien... pense à ce que tu aurais pus rater si tu n'y avait pas été...

Écrit par : un petit ange triste | 09/12/2006

Je suis contente que tout ce soit bien passé. Gros bisous.

Écrit par : escargotte | 09/12/2006

Waou! Bien sûr que tu n'étais pas seul : c'est la preuve du pouvoir de la pensée et de l'amour... "l'invisible existe, je l'ai rencontré!" lol! Il y a eu avant et il y aura après : oui, mais au delà du bonheur vécu, il y a aussi la preuve que le désir peut être plus fort que la peur ! Ca s'appelle le courage ça Monsieur ! TU ES UN HOMME COURAGEUX : imprime-le et ton "après" sera peut-être un peu moins noir ! Tu as le choix !

Écrit par : Anne | 09/12/2006

ouah trop de chance!!! j'aurais bien aimée y être aussi, mais c'était pas possible...s nif...

Écrit par : axl | 09/12/2006

Je n'ose même pas lire de peur d'avoir trop mal...
Mais je suis contente que tu aies quand même passé une bonne soirée.
Et au fait... Je te salue mossieur, et pas mademoiselle ;)

Écrit par : Kill*Her | 09/12/2006

Merci à vous Merci à vous pour vos commentaires.
Petit ange triste, oui, c'était bien. Vraiment, c'était géant. C'est vrai que je ne regrette pas, parce que j'aurais raté quelque chose. J'aurais raté le tournant de ma vie, bien que je n'y suis pas allé pour moi.
Escargotte, merci. Oui, ça été. Je te raconterai tout en détail, promis. Bisous à toi.
Anne, je sais pas quoi te dire. Je vais essayer de t'écrire ce soir si j'ai le temps, parce que je suis pas chez moi. Sinon, demain soir. promis. :D:D:D:D:D
Axl, je sais que c'est une chance. T'inquiète pas, ceux qui n'ont pas pu venir, ils étaient là eux aussi.
Kill*Her, ;) je passerai te voir dès que j'aurai le temps, là, je dois partir. Biz

Écrit par : Moi | 09/12/2006

Hello ! Je trouve que ce texte dégage une nostalgie de ce concert. c'est super que tu aies pu réaliser ce rêve. Je ss contente pr toi. J'aime te voir vivre à fond !
A plus !

Écrit par : morphine | 09/12/2006

C'est beau, une telle passion. C'est important de sentir cette hystérie au fond de soi, parfois. On a l'impression qu'on est une toute petite bestiole avec un immense volcan en éruption derière les côtes, non? Moi, des moments comme ça, de profonde admiration devant quelque chose (un morceau de musique, un arbre ou une pensée, toute est possible!), ça me donnait envie, avant de presser l'émotion contre moi, si fort que ça entrerait en moi... Hmm. Tu me comprends? Ingérer la beauté. Maintenant, j'essaie de me distancer. Admirer sans étouffer... C'est un long travail!
Je t'embrasse.

Écrit par : Vidalinda | 10/12/2006

... Sur mon blog tu me conseilles pour certains articles la prose... oui tu as peut-être raison ça conviendrait surment mieux pour decrire ce que je ressents mais pour moi les vers j'aime ecrire comme ça, ne pas trop me devollée, être cachée par le sens des rimes... En plus moi je n'ai pas la chance de savoir bien ecrire en prose, je me sens mieux avec les vers... tandis que toi ecrire comme ça te convient...
Bisous et à bientôt...

Écrit par : un petit ange triste | 10/12/2006

La guitariste que tu n'as pas reconnue [ et c'est un peu normal, son prenom étant le seul indice ] était Lou, fille de Stephane. Je trouve que c'est quelque chose de particulierement fort d'avoir fait joué cette demoiselle de 16 ans ( comme moi, je ne dirais donc pas " a peine " ) sur l'une des dernieres composition de son père devant Bercy, immense ...
Et puis ...
Qui a dit que c'était le dernier concert d'Indo ? Nous ne sommes pas à l'abri d'un nouvel album, et c'est tant mieux ... :)
Bisou Monsieur =)

Écrit par : Scissorhands | 18/12/2006

Scissorhands, merci pour ton passage et pour cette info. C'est vrai que jouer à 16 ans devant 16000 personne "Stef II" alors qu'on est la fille de Stephane, ça doit etre assez fort.
Et si, c'est le dernier album d'Indochine, malheureusement.
T'as pas un mail ou un blog dont je comprends quelque chose parce que myspace je capte que dalle lol (j'ai déjà galéré pour créer un blog... Autant dire que mes connaissance informatiques sont plus que limitées).
A trè bientôt j'espère.

Écrit par : Etienne | 18/12/2006

Que dire? Superbe article, blog sublimissime...!! Je suis admirative, bravo!


Mon forum sur Indochine créé avec une fan: http://www.indotalk.xooit.com

Écrit par : Unita | 05/03/2007

Traverser la place de la Comédie et me dire : "mais c'est quoi tout ce bordel?" "ha oui, c'est ce couillon de Téléthon!"...
Et boum, être propulsée un an auparavant (jour pour jour, c'est drôle quand même là... enfin drôle, bof...). Je me revoie traverser cette même place avec une seule envie, une idée fixe : téléphoner à un mec que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam pour le soutenir dans ce périple initiatique : pourquoi? aucune idée. Juste envie beaucoup beaucoup. C'est moi qui l'appelle parce qu'il n'a plus de forfait parce que... oui, on est le 8!
Et puis j'étais allée voir un film "l'intouchable" initiatique aussi bien que pas très concentrée sur le grand écran car la loupiote "rencontre exceptionnelle" venait de s'allumer et elle clignotait tellement fort que j'avais peur que tout le monde la voit. Bing Bing : déstabilisée!!!
Mais tellement heureuse : sans regrets!!! ;-)

Écrit par : Anne | 08/12/2007

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