07/12/2006

Ceremonia (2/3)

Un jour dans notre vie

 

Voici la lettre que j’ai envoyé à Indochine, cet après-midi. Comme ça. Sans but précis, pour leur expliquer qu’une de leur plus grande fane ne sera pas là vendredi soir. J’ai simplement remplacé son prénom par son initiale, dans un souci de respect pour elle sur ce blog. 

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"Nicola, et tout le groupe Indochine,

 

Quand vous lirez ces lignes, tout cela sera terminé. Tant pis.

 

C’est le concert de demain soir qui me préoccupe. Celui du vendredi 8 décembre 2006 à Bercy.

Cet été. Ca devait être en Juillet. Je vais à la FNAC de Reims, et comme prévu, j’achète deux billets pour ce concert. Celui de la veille était déjà complet. Tout de suite après, j’appelle M. « Ca y est ! Je les ai ! » M était heureuse. Six mois à l’avance. C’était prévu.

On devait venir vous voir à Bercy.

Voici un texte que j’avais écrit quelques jours plus tard.

 

« Merci à Indochine d’exister, d’être éternel. Merci à Indochine d’être Indochine. Ca y est, j’ai les places. Le concert d’Indo le vendredi 8 décembre 2006 à Bercy sera un moment inoubliable. Une extase. Un orgasme géant. Ce sera beau. Je ne vais plus dormir avant la nuit du paradis. Parce que je sais que cette nuit-là, nous serons grands. Après, on pourra mourir tranquille. On écoutera le silence hurler dans la salle. Merci, merci, merci. On se sentira vivre, exister. Tu sais, on sera beaux cette nuit-là…

Ce jour-là, ce soir-là, cette nuit-là. Attendre dans le noir et la chaleur de Bercy. Regarder cette scène et scruter l’étincelle. Ces couleurs et des lumières. Du noir et du blanc. Attendre Nico. Son arrivée. Et puis on criera. Tu verras, on criera. On ira, on verra, on chantera et on criera. On en prendra plein la gueule. Des souvenirs comme ça… Il faut les figer en notre mémoire. Les graver en nous comme ces instants rares et intenses, qu’on ne revivra jamais, mais qui font justement cette intensité. Ce sera la nuit du paradis. La nuit avec Indochine, pour leur dernière tournée. C’est triste. Mais l’excitation d’aller les voir en concert l’emporte. Peut-être que le 22 mars, on sera un peu tristes. Beaucoup, même. C’est comme ça. Ils nous auront laissé tellement d’images dans la tête. On aura fait le plein, ce 8 décembre. Ce sera la nuit de notre vie. ’’Juste envie d’essayer un tour au Paradis’’… »

 

M avait répondu à ce texte (je l’avais mis en ligne sur mon blog précédent) ceci :

 

« Merci Indo, merci Nicola Sirkis d'exister, d'être ce qu'il est et de nous faire rêver, car son Paradize est le nôtre, car nous sommes tous une petite Alice qui se perd dans le noir. Vive Indochine, et vivement le 8 décembre, ce sera un cadeau de Noël inoubliable !!!!! »

 

Ce texte est resté en moi, en nous jusqu’à mardi. Mardi dernier. Trois jours avant le grand soir. M n’habite pas à Reims comme moi mais à Tours. Elle est une très bonne amie. Je l’aime beaucoup. Elle me téléphone pour me dire que ses parents ne veulent pas la laisser aller à Paris. Elle est beaucoup plus fane que moi. Pour certains ça peut paraître impossible mais c’est le cas. Elle était dégoûtée. C’est la dernière tournée d’Indochine, et elle ne pourra jamais vous voir. M devra passer sa vie entière sans le souvenir d’une nuit qui n’existait jusqu’alors que dans ses rêves les plus fous et qui étaient sur le point de se réaliser.

[Dancetaria est terminée. C’est maintenant Juste toi et moi. C’est horrible.]

Moi, il me paraissait évident que si M n’y allait pas, je n’irai pas non plus. Elle, elle veut que j’y aille. Pour elle.

Alors j’ai cherché quelqu’un pour venir avec moi. Personne fan d’Indochine près de chez moi qui puisse. Ou alors des gens qui seraient venus uniquement pour me faire plaisir. C’était hors de question. Je veux pas que pour me faire plaisir, on assiste à un concert de deux heures et demi alors qu’on n’aime pas trop. Oui, je sais, à moi aussi ça me parait inconcevable de ne pas aimer Indo, mais que voulez-vous… La perfection n’est pas de ce monde. La preuve : Indochine arrête. Et puis y aller avec quelqu’un d’autre que M, ça n’aurait pas été pareil.

Bref. Nous étions donc partis pour déprimer chacun chez soi vendredi soir avec M. Quelques heures après avoir raccroché le téléphone, mardi, j’ai écrit ce texte, que j’ai appelé Black Page.

 

« C’est terminé, vendredi, je serai chez moi.

            Six mois que j’attendais. Six mois qu’on attend, tous les deux. Ca allait être beau. On faisait des projets. On voulait arriver en avance pour être le plus près possible de la scène, pour le voir de près, lui, eux. Tu m’as dit que tu crierais. Je t’ai dit que moi aussi. Tu m’as dit comment m’habiller. Je voulais te dire que tu me maquillerais les yeux de noir. On en avait rêvé des nuits et des nuits. On avait partagé nos rêves pour un même objectif : goûter au paradis. Vivre ces instants. L’attente, les lumières qui s’éteindraient. Et puis ce gros lapin devant le rideau qui cacherait la scène et qui se mettrait à jouer du tambour ; et puis tout exploserait. Un accord et tout sauterait. Ils seront 16998. Il y a 17000 places. Parce que tout à l’heure, tu m’as dit que nos rêves ne formeraient jamais qu’un. Qu’ils resteraient chacun dans leur boîte. Dans nos âmes respectives.

            Plus aucune confiance. En personne. Ce soir, ma vie est tombée comme un château de cartes. Ces instants et ces rêves, ces sentiments envolés. Ces impressions fausses, qui étaient des bases solides. Je ne me repose plus sur rien. Je flotte dans le vide. Les branches auxquelles m’accrocher sont trop loin de mes bras. Les nuages autour sur lesquels me poser sont tous trop petits pour moi. Ce soir, je veux mourir. Le futur est tellement certain, tellement horrible. Le 8 décembre aurait dû être le jour de notre découverte du Paradis. Ce soir-là, j’apprendrai l’Enfer. J’apprendrai le sang qui coule et j’apprendrai l’âme qui s’envole vers des rêves et mon imagination qui visiteront d’autres cieux que je ne connaîtrai jamais. J’écouterai le silence en me demandant pourquoi je peux pas crier au milieu de la foule, à côté de toi et devant lui.

            J’arrive pas à trouver les mots. J’y arrive pas. Trop dur. Trop de silences différents qui se bousculent dans ma tête. Il m’a fallu attendre une autre leçon six mois plus tard pour apprendre qu’il ne faut pas compter sur un seul rêve, sur un seul désir, sur une seule maison, pour apprendre qu’il ne faut pas viser trop haut.

            Les rêves ne sont beaux que s’ils restent à jamais en nous. Les projets sont des souffrances si on est obligé d’en accoucher par césarienne. Ils ne seront jamais des projets comme les autres. On gardera une cicatrice à vie de ce passage obligé par lequel on n’est pas passé. On a loupé la sortie. Regrets éternels, comme dans les cimetières. Ce soir ma vie est morte. Et moi avec. Je ne sais pas quoi faire. C’est pas par là qu’il devait sortir, ce projet. C’est par la voie du bonheur. A chaque fois il se dérobe sous mes pieds. Je ne le connaîtrai donc jamais. Je me dirai quoi dans dix ans quand je repenserai à cela ? Car c’est sûr, ces instants sont de ceux qui marquent à jamais la vie d’un Homme. Une cicatrice, tu l’as à vie.

            J’arrive pas à trouver des mots assez forts pour dire à quel point ça pique aux yeux. Vision floue. Flouée par les larmes. Il fait froid. »

 

            Et puis j’ai réfléchi. J’ai réfléchi à ce que m’a dit M. « Vas-y pour moi ». Ca me faisait chier d’assister à un concert tout seul. Des concerts, j’en ai déjà vu. En général, on y va entre amis. Là, un concert seul… Et puis je me suis dit que j’avais quand même vraiment envie de voir Indochine sur scène, parce que c’est le groupe que je préfère, celui avec qui je vis, celui que j’écoute en voiture le matin en allant à la fac, et en rentrant chez moi, celui que je chante sous la douche et celui avec qui je saoule tous mes amis en leur parlant d’Indo à longueur de journée. Indo par-ci, Indo par-là. Demandez-leur, ils en peuvent plus. Ils ont des envies de meurtre sur moi et sur toi, Nico, ils t’en veulent d’être aussi talentueux, et de me toucher tant avec tes textes ou avec tes musiques.

            On m’a conseillé de choisir d’y aller seul.

            C’est ce que je vais faire. Je vais aller voir Indochine à Bercy tout seul. Je sais pas si ça s’est déjà fait dans l’Histoire des concerts mais tant pis. Si ça s’est sûrement déjà fait. Je sais pas. C’est pas la question.

            Vendredi après-midi j’arriverai donc à Paris. Je suis un peu inquiet en voiture dans Paris. J’ai peur de me perdre, de me planter. J’ai peur tout court. Mais je viendrai pour M, et pour Indo. Parce qu’elle aurait tant voulu être là, elle sera là d’ailleurs. Elle sera là, avec moi. Parce que de chez elle, de sa chambre de pleurs, elle sera avec nous plus que quiconque qui vivra ces instants dans la chaleur de Bercy. Elle sera avec nous de toute son âme. Elle sera, elle aussi, à côté de moi, devant Indochine, et devant toi.

            [J’écoute She Night… Quand Stéphane est parti, tu as continué, Nico. T’as pas abandonné. M ne sera pas là, mais elle sera là quand même. Comme Stéphane. Il est là chaque seconde, avec toi, avec vous. Votre souffrance est ce qui vous porte. M me portera.]

Pour que ce moment soit inoubliable, pour vous, pour nous, et pour M. Elle aurait tant voulu être là demain soir."

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20:35 Écrit par Il y a toujours une petite fille. Toujours la m dans Sur la route des Mots | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

Commentaires

C'est super d'y aller quand même. Ce n'est pas pour rien qu'on a deux oreilles, une pour elle, une pour toi! C'est LE soir de ta vie, le premier soir du reste de ta vie, il y aura un avant et un après 8 décembre! J'étais allée voir Garou seule, parce que personne ne voulait m'accompagner. Résultat, plus de voix tellement j'ai crié, et j'ai croisé des gens que je connaissais, donc au final, on a passé une super soirée! Amuse-toi bien, profite! Non, pas vrai, profiiiiiiiiiiiiiiiteuh!!! Bisous

Écrit par : titemel | 07/12/2006

Lorsque tu y seras, penses au bonheur qu'elle aurait ressenti si elle était là et sois heureux pour deux. Profites de cet instant si attendu et vis le au moment même. Emplies toi de toutes ces belles émotions et tu les lui transmettras par la pensée. J'espère que tu passeras une bonne soirée.

Écrit par : Sukii | 07/12/2006

Oui, les yeux sont le reflet de l'âme...pour ton info perso.

Écrit par : anxieuse | 08/12/2006

de l'éphémère tout ça c'est de l'éphémère

ce qui me plait pas ce sont les instants perdus qui ne pourront jamais se revivre
et ça j'aime pas dans la vie ces instants

Écrit par : dan | 08/12/2006

C'est une formidable preuve d'amitié que tu lui as donnée en y allant malgré tout.
J'espère que tu as crié pour vous deux.

Écrit par : Bulle | 08/12/2006

Merci à vous pour vos commentaires. Mel, je pense pas que je verrai des gens que je connais, ais je m'en fous. c'est pas pour moi que j'y vais. S'il n'y avait que moi, j'irai pas. Merci Sukii, Dan et Bulle. Anxieuse : j'ai les yeux clairs et une âme sombre, c'est normal ?
Je vous embrasse tous sur la bouche, comme dirait Nico.

Écrit par : Moi | 08/12/2006

merci pour le commentaire sur mon blog.
Je compatie sincèrement à ta solitude pour ce concert j'éspère que tout se sera bien passé.

Écrit par : belle la planete | 08/12/2006

en réponse à ta question, Oui : j'suis allée voir Indochine :) c'était lors du début du Alice & June tour, le 14 mars. voilà!!! et Placebo bah... c'est géant ;)

jte souhaite un bon concert, t'as dla chance de les voir à Bercy!
+++

Écrit par : black eyed | 08/12/2006

... C'est bien que tu y ailles quand même...
Moi personnellement je n'aime pas trop Indochine mais un concert c'est un concert...
Amuse toi bien surtout...
Bisous...

Écrit par : un petit ange triste | 08/12/2006

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