04/12/2006

Amour propre (2/3)

Veilleuse, veilleur de nuit

 

                Elle dit que la vie ça sert à rien.

                Elle dit que l'univers n'est pas une éternité, et que tout cela n'est qu'un leurre, un immense voile qui ne te sert qu'à cacher le néant dans lequel nous sommes tous destinés à tomber, si ce n'est déjà fait.

                Elle dit que le simple fait de regarder par la fenêtre engendre en elle la Tristesse, la mélancolie, le désespoir.

                Elle dit que quiconque la voit ne la connait pas. A part toi. Et encore.

                Elle dit que finalement, de la vie, à la fin, ne reste que la mort.

                Elle dit que l'on ne sert à rien, que nous sommes notre propre perte et que notre passage dans ce monde abject est insignifiant, inutile.

                Elle dit aussi qu’elle n’a pas envie de mourir.

                Parce qu’elle préfère vivre, c’est-à-dire souffrir, mais ça c’est pour tout le monde. Vivre c’est souffrir. C’est indissociable. Parce qu’elle a l'espoir d'une vie qui pourra - pourquoi pas - être belle.

                Elle dit que ses blessures d'enfance et d'adolescence lui font toujours mal. Elle essaye de s'en débarasser, c'est difficile. Il faut parfois pleurer, parfois montrer sa colère avec violence et parfois blesser, cacher son amour pour être bien. 

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                Comment la rassurer, la consoler, sécher ses larmes, bercer son corps et regarder son visage en souriant, trouver les mots et rire aussi, et essayer de l'aimer, et donner de toi pour lui dire que tout cela est faux ? Oui, comment, puisque tu penses la même chose qu’elle ? Comment la convaincre et la persuader du contraire de tes certitudes ?

                Tu sais que le monde est mort. Tu sais que l'on va tous mourir.

                Pourquoi elle te dit cela ?

 

                Toi aussi, lorsque tu t'assois pour écrire, et que tu regardes par la fenêtre, les passants dans la rue, ou, la nuit, les lampadaires allumés et immobiles, tu es triste. Tu as en toi, de naissance, cette déprime chronique, qui t'interdit avec conviction de t'autoriser à croire en un quelconque futur, qui t'interdit de profiter de l'instant présent, alors que c'est ton rêve le plus fou, qui te rappelle sans cesse cette oppression sociale et ces barrières invisibles mais tellement infranchissables que nous offre notre société d'aujourd'hui qui fait ces horreurs que nous sommes. Tu aimes les autres. Tu te détestes toi-même. Parce que tu n’es pas capable de donner assez aux gens que tu aimes pour qu'ils aient envie de te rendre. Tu es le plus égoïste du monde. Non, tu veux pas plagier L'égoïste romantique de Frédéric Beigbeder. Tu  t'en fous de Beigbeder. Revenons à Elle.

                Tu as envie de lui donner un peu de lumière malgré la noirceur de ta vie. Elle a droit au bonheur, elle mérite d'être heureuse. Tu es trop égoïste pour lui dire que la mort est belle, même si tu le penses. Tu es trop égoïste pour lui avouer que la vie ne sert à rien. Pour lui dire que nous ne servons à rien. Alors tu lui mens. Comme tout le monde nous ment parce que la vérité n'existe pas. La vérité n'est pas de ce monde. Que de constructions hypothétiques idéologiques dans la vie des Hommes qui n'ont pour autre dessein que de faire ce que l'on appelle aujourd'hui la société. Une société qui ne sert à rien. Puisque l'Homme naît, puis l'Homme meurt. Tout ce en quoi nous croyons ne sert qu'à nous leurrer, qu'à nous occuper, qu'à occuper notre esprit pour ne pas penser à cette question existentielle qui a une réponse trop horrible : nous ne servons à rien. Nous ne sommes qu'un point dans l'univers. Un grain de sable parmi les autres grains de sable. C'est peut-être la raison pour laquelle il faut naïvement et sans se poser de questions adopter une attitude existentialiste, c'est-à-dire vivre en se construisant par son action. Une action qui ne sert à rien. Même si adhérer à un parti politique ou à une association, manifester dans les rues, réussir ses études, avoir une relation sérieuse avec une fille - ou un garçon -, en résumé, faire quelque chose de sa vie, ne sert à rien, cela a au moins le mérite de nous occuper. Et donc, cette occupation, composée de différentes actions, aussi inutiles les unes que les autres, a cette faculté de nous construire. Mais pour quoi faire, se construire, si la vie ne sert à rien ? Simplement pour, grâce à des plaisirs ponctuels - oui, n'en demandons pas trop à la vie, nous serions déçus ; ceux qui rêvent trop, entre autres les utopistes, sont toujours déçus, et d'utopiste, on devient dépressif, blasé de la vie et du monde, j'en suis le parfait exemple - rendre la vie plus supportable. Voltaire, dans le dernier chapitre de Candide, nous explique cela à merveille. Mais sans savoir que c'est impossible. Car dès l'instant où l'on a conscience d'être nous-même, c'est-à-dire rien, la vie est difficilement supportable. Alors il faut se forcer. Et remplacer notre hypersensibilité par un peu plus de naïveté et d'acceptation de l'existence ; et puis aussi avoir la faiblesse de croire que les gens nous aiment, ce qui nous aide à ne pas s'en aller de notre propre volonté. Pas tout de suite en tous cas. Parce que tu n’es pas totalement naïf. Tu sais bien que tu ne vas pas vivre aussi longtemps que tu as vécu.

 

                Tu aimerais bien pouvoir t’excuser mille fois pour ce texte que tu viens de lui écrire. Ca remonte pas vraiment le moral. C’est dur l’amitié. Pourtant tu l’aimes. Tu l'aimes cette petite soeur. Et même si ça la fait parfois souffrir, tu sais que ça lui fait aussi du bien. C’est beau ce que vous vivez, vraiment beau. Tu seras toujours là, et elle le sait. Si elle ne veut plus de toi, tu seras là pour la laisser. Elle est libre. Parce que tu t’empêches de dormir pour veiller ses songes, pour battre les monstres qui viennent éteindre les étoiles de son sommeil.

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Comme un petit garçon innocent trop faible pour lutter contre les grandes personnes qui se croient utiles et qui pensent que leurs vies comptent, tu l’entoures de tous tes bras pour qu’elle n’ai pas peur et pour la protéger du reste du monde.

23:37 Écrit par Il y a toujours une petite fille. Toujours la m dans Dans mon appartement | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

Commentaires

Prends-la juste dans tes bras! Sers la fort et dis lui qu'un jour, tout s'arrangera. Qu'un jour, tôt ou tard, elle sera heureuse. Dis lui que tu as de la peine pour elle, que tu pleures les larmes qu'elle cache! Et dis-moi comment ça se sera arrangé! Bisous

Écrit par : titemel | 05/12/2006

Merci pour ton commentaire, Mel. Oui, je me déguise pas en soleil. C'est très prétentieux cet article, je viens de me rendre compte lol. A bentôt.

Écrit par : Moi | 05/12/2006

Déjà, merci pour ton petit mot laissé dans mon petit monde, c'est gentil. Ensuite, je voulais te dire que j'aime beaucoup ton blog. Je n'ai pas eu le temps de vraiment lire en profondeur, pas encore, mais l'apperçu m'a donné envie de revenir t'épier dans cette petite grotte toute sombre.

*Doux baisers*

Écrit par : Sukii | 05/12/2006

Tu es là pour elle et elle le sait. Je crois que je me suis un peu retrouvée dans cette fille. Mais moi je n'ai pas ça. Devine.
Alors sers la fort, juste pour qu'elle sache que tu es là.
On est pas obligé de dire que la vie est belle; On est pas obligé de mentir... Elle sourit.
Gros bisous.

Écrit par : escargotte | 05/12/2006

Je t'ai découvert. Je t'ai lu (pas tout encore..).
J'aimerais te donner un peu d'espoir et je n'ai pas besoin de mentir pour ça. Car moi aussi je me demande tout le temps à quoi bon jouer cette mascarade?
Quelques fois je ne comprends même plus comment ce monde peut continuer de tourner avec toute cette souffrance qui l'habite.
Mais il y a quelques personnes qui valent le coup sur cette terre. Elles ne sont pas nombreuses ( je n'ai pas une très haute opinion de l'humanité). Non, elles sont rares ces personnes qui peuvent tout changer.
Mais sache que la vérité existe c'est juste que très peu de gens veulent la connaître et la majorité la déforme, la dissimule et à force de mensonges on croit que tout est faux .
La science, les maths:ca ne ment pas, les interprétations par contre...
Et la mort?
Moi je suis convaincue, je sens qu'il y a autre chose. On est là certes mais c'est notre corps qui est là. Ce que l'on pense, notre esprit, lui n'est pas si attaché que ça à ce monde ( ça dépend des gens).
Quand tu parles de la mort, c'est ton corps qui meurt, toi tu existes juste sous une autre forme,, comme si tu allais dans une autre dimension. L'explication est simpliste mais je sens une autre energie, des gens qui m'attendent, quelque chose de meilleur. La mort je la vois comme une libération, le seul problème est que je n'ai trouvé aucun moyen facile ou disponible pour mourrir sans souffrir.
D'ailleurs la science est incapable d'expliquer la pensée. Ils ne savent pas comment et où.
Incapable d'expliquer l'interconnexion entre notre corps et notre esprit.
Il y a des personnes qui veulent changer les choses, qui veulent les améliorer er certaines ont des solutions pour éliminer bon nombre de souffrance. Hélas ce ne sont pas elles qui sont au pouvoir ou qui ont l'argent.
Pire, on les empeche, les musèle, les tue... Tout ce qui est bien est si peu connu. Et de plus en plus de gens sont mal, vont mal et marchent aux anti dépresseurs. C'est de pire en pire.
En un sens je pense comme toi. Chaque fois que je traverse le pont, je ne pense qu'à me jeter dans l'eau gelée, nue. Pour en finir vite.
Mais je suis encore là et je ne comprends pas.
En fait si. J'ai des tonnes de réponses mais ca ne suffit pas.
Ca ne suffira jamais.
Je suis désolée que ton amie n'est pas pu venir avec toi au concert d'Indochine.
A une époque j'étais fan de Michael Jackson ( mais vraiment très accroc) et j'imagine la frustration de M. Horrible.
J'ai compris que tu étais étudiant, que tu vivais seul et que ça te pesais.. moi j'ai de la chance j'ai quelqu'un. Seule, je ne pourrais pas.
Tu habites à Tour ( excuse moi si je fais erreur.)
En tout cas, tu as une nouvelle lectrice.
Je te souhaite malgré tout une vie merveilleuse.
Et sache que tu m'as touché. M aussi.

Écrit par : BIBI | 10/12/2006

BIBI,
Alors d'abord une précision, oui tu t'es trompée : je n'habite pas à Tours, mais à Reims. C'est M qui habite à Tours.
Ensuite, ton commentaire m'a beaucoup touché : prendre autant de temps pour poster un commentaire aussi long sur un blog inconnu, merci. Tu es très gentille.
ALors, c'est vraiment bizarre que tout le monde me parle de la mort ainsi, alors qu'aucun des textes de ce blog en parle réellement. C'est vrai que c'est pour moi plus ou moins une obsession cette mort mais quand même. Bon, je vais bien en parler un jour ou l'autre. Par contre, moi, je suis beaucoup plus terre-à-terre que toi. Je ne crois pas en une séparation du corps et de l'âme, je ne crois pas en une quelconque survie de l'âme dans un au-delà, je ne crois en rien, en aucun Dieu. Je pense que nous sommes - comme tous les êtres vivants, ceci n'a rien de péjoratif - des machines. Et lorsque la machine s'arrête, et bien, c'est terminé.
Par contre, je suis bien d'accord pour dire que beaucoup de personnes sont... comment dire... inintéressantes pour nous-même. Heureusement, ce que l'on appelle prétentieusement notre "existence" nous permet de rencontrer des gens biens. Celle dont il est question dans ce texte est par exemple une des rares personnes qui vous rendent fier d'être humain et qui relève la condition de l'humanité à un niveau supérieur, qui t'aide à sortir de toi ce qu'il y a de meilleur. Elever ton âme au dessus des autres. (J'utilise souvent le mot "âme", mais cela n'a rien de religieux. Je préfère "âme" à "coeur", je trouve que ça fait neuneu sinon, et puis le coeur, c'est un organe et rien d'autre, une pompe qui te balance du sang pour faire une belle couleur quand tu te coupes, c'est tout.
C'est vrai que la mort est belle, et qu'elle peut nous libérer de tout cela. Mais elle ne nous libérera de rien. Ou plutôt, de tout. Mais rien ne viendra après. Mourir, c'est accépter de n'être plus rien pour soi-même et pour les autres, accépter de perdre ces morceaux de vie que l'on a aimés, parce que les autres pèsent trop dans la balance.

Je suis en tous cas - encore une fois - très touché par ton passage et ton attention. Merci. Si tu veux, tu peux aussi me lire à cette adresse : http://motsnouveaux.skynetblogs.be

A bientôt, je vais passer te voir sur ton blog.

Écrit par : Moi | 10/12/2006

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