14/02/2007

Une dernière fois

Se vider de son sang. Seulement de son sang. Parce que le glauque, il est là pour toujours. Laisser le noir envahir la pudeur, la retenue, l'élégance. Désolé. 

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« Une confession dans sa pudeur
Et la passion devient belle comme la peur
Mais j'ai mal de la beauté finale
»

 

            « Moi je n’aime pas la Saint-Valentin, je hais le monde entier ; je détesterai tous tes amis, la vie de famille aussi » (Indochine, Gang Bang, Alice & June).

            Voilà. Réveillé en sursaut. Réveillé par des pleurs. Ne pas avoir eu le temps de s’émerveiller devant la brume sur les champs ou des croissants chaud qui n’existent plus. Des larmes blanches et rouges qui viennent noyer des draps blancs défaits. Se perdre dans le lit, encore et encore, seul, ne sachant pas quoi faire de ses membres. Prendre la réalité dans la gueule. La tourner et la retourner dans tous les sens. Mais c’est toujours le même vide qu’on tient au creux de ses mains, qui nous renvoie à nous-même. Vouloir dormir. Mais pleurer.

            Ne pas vouloir lâcher prise. Ne pas réussir. Se raccrocher aux espoirs auxquels on ne croit plus. Ne plus rien entendre. Se faire mal. Mal, mal. Ca résonne dans la tête. Tourner, tourner, tourner, jusqu’à l’ivresse, ne plus avoir conscience de rien, juste vouloir dormir. N’importe où, n’importe comment. S’endormir sans jamais plus faire de cauchemars.

            Faire la liste de ce qu’on ne sera plus, sans jamais chercher ailleurs qu’en soi-même.

            Dire merde aux cons, les envoyer chier, leur pisser dessus, les écraser à terre, vouloir les crever, encore et encore, éclater le crâne, laisser le sang et le cerveau se répandre doucement sur le bitume en crachant dans leurs yeux de plus en plus fixes. Frapper, encore et encore. Se défouler, crier, HURLER, MEEEEEEEEEEEERDE !!!!!!!!!!!!!!!!!!! Et puis mourir. Ne jamais être soulagé. Parce qu’ils ont pris nos rêves.

            Tout arrêter. Recommencer. Changer. Espérer et réussir. Se leurrer, rêver. Ne rien être. Dormir dans des cartons, avoir froid, et se jeter sous un train.

            Souffrir d’aimer et d’être aimé. Détester les amis des autres. Saigner par amour. Saigner en se regardant dans les yeux et en échangeant ses larmes. S’embrasser et se planter. S’unir dans le bain de nos sangs mélangés.

            C’est la fin. La fin de tout. Perdre son adolescence et rejeter dans le passé toutes ces drogues qu’ont été les rêves, tous ces anti-douleurs qu’ont été ces mots, tous ces leurres qu’ont été ces nuits de sexe. Et se sentir vivant, vraiment vivant, démonté. Saigner, le corps entier secoué par l’insupportable douleur, préférer crever, avoir peur, peur pour soi-même, ne plus avoir envie de rien, boire, tomber, ne pas se soigner, le maquillage coule le long des joues. Ne plus sentir la douceur des draps sur le corps nu, être transpercé de centaines de lames plus fines et plus tranchantes les unes que les autres, ne plus rien voir, plus rien.

            Etre en colère, blessé, meurtri par l’avant, tué par le présent, ne pas voir d’avenir. Ne penser à rien. Ranger. Tout ranger. Que tout soit propre. Clean. Faire le tri. Mettre de l’ordre. Une dernière fois.

            Frustration. Les autres ne comprennent pas. Envie de couvrir la baignoire de sang en s’endormant les yeux ouverts seulement pour dire « vous ne vouliez pas entendre. C’est assez clair comme ça ? ». Les autres sont aveugles.

            Crever, crever, crever. Marre de sentir ses doigts coupés, phalange après phalange, lentement, laisser le sang coaguler au bout pour ne plus faire qu’une croûte noirâtre. Et puis les mains, fermer les yeux et coudre nos lèvres, se faire couper les couilles, les jambes. Baiser ne sert à rien. Marcher est trop dur. Coudre nos paupières pour ne plus rien voir. Sentir la lame du couteau se promener dans les cheveux, puis nous débarrasser de nos deux oreilles, dans une douleur qui se lance dans toute la mâchoire, se casser les dents sur l’espérance.

            Sentir. Seulement sentir. Odeur de brûlé. Tout cela cuit depuis bien longtemps. Sortir le plat du four. Ne pas y toucher. Se souvenir de ces odeurs de vomi qu'on aimait tant...

            Ces moments où la seule chose qui nous retient est le désordre dans l’appartement. Combien de temps nous reste t-il ?

            Ecrire. Ecrire et ne pas réussir à se vider. Ecrire sans mots. Ecrire sans noir. Ne pas vouloir grandir. La petite fille est là, encore et toujours. Elle regarde. Elle se sait pas pleurer, elle. Elle encaisse. Elle prend tout.

            Entourer ses genoux de ses bras qui ne rassurent plus personne. Souffrir de trop aimer. En crever lentement, agoniser et ne voir personne. Personne d’assez bienveillant pour nous achever, personne d’assez fort pour nous relever. Redresser la tête à la moindre odeur agréable, et puis retomber. Allongé par terre. Ne plus jamais se relever.

            Penser une dernière fois à ces visages que l’on va oublier pour toujours.

            Et gagner. Enfin. Ne plus jamais sourire, se frotter les yeux de fatigue. Tout cela a bien assez duré. Maintenant, allons dormir.

 

« Aujourd’hui tout est gris
Le ciel et même la vie
 Demain importe peu
Le temps qu’il fera même s’il pleut
 Aujourd’hui je pleure
Demain je meurs »

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Paroles : Indochine, More, Le baiser, et Aujourd’hui je pleure, Alice & June.

01:24 Écrit par Il y a toujours une petite fille. Toujours la m dans Dans mon appartement | Lien permanent | Commentaires (12) |  Facebook |

12/02/2007

Une journée normale dans un Etat policier

               Les banlieues sont en guerre civile permanente ou c’est Sarkozy qui déconne ?

Pourquoi un mec qui roule en ligne droite quand y a personne à 110 au lieu de 90 Km/h est officiellement un délinquant ?

               Pourquoi on interdit aux gens de fumer ?

               Faut faire peur aux gens. Et ça marche. Quand ça a peur, ça vote à droite.

               Et toutes nos soi-disant mauvaises conduites sont dénoncées par un président qui a tellement de casseroles au cul qu’il pourrait aller faire la bouffe dans toutes les prisons du pays…

 

               Tu commences ta journée : tu te lèves à moitié en retard parce que t’es crevé, tu veux prendre un café mais t’as beau fouiller dans tous les placards de la cuisine, y a plus de café, tu sors le chien et quand il chie dans le caniveau tu te fais engueuler par trois petites vieilles qui sont en retraite depuis dix ans mais qui ont rien d’autre à foutre que de se lever à six heures du matin pour faire chier le monde et qui vont faire leurs courses pendant midi juste quand toi t’as une heure et demi de pause et que tu veux aller acheter du café parce que ta femme y pensera pas – évidemment, madame boit des tisââânes – alors t’attends des plombes à la caisse, et puis tu te fais arrêter parce que tu reviens du ski et que t’es bronzé et que Sarko a donné ses instructions et puis t’as oublié tes papiers et ils te font chier et puis tu te gares pour retourner bosser l’après midi et t’es en retard à cause des vieux à la caisse et des flics alors tu te gares rapidement et t’oublis de mettre du fric dans le machin, à ton boulot tu t’engueules avec un collègue, manque de bol, c’est un black il porte plainte et, autant Sarko fait arrêter les rebeu et vire les étrangers, mais là, le mec c’est un connard mais parce qu’il est black il a raison, tu reprends ta bagnoles t’as un super PV, t’es énervé parce que t’as pas fumé depuis le matin parce que le midi t’as pas eu le temps et qu’au boulot t’as pas le droit parce que sinon t’as un deuxième procès au cul par la connasse de secrétaire décolorée en tailleur gris qui se fait culbuter par le patron tous les deux mois pour trente euros d’augmentation, bref, tu rentres chez toi dans les embouteillages, tu t’énerves, surtout que y a Raphaël à la radio ça arrange pas, tu changes et tu tombes sur Radio Culture où ils t’expliquent combien d’œufs pont la grue de Birmanie par an parce que c’est vachement important la survie de la grue de Birmanie tout le monde devrait en prendre conscience et y penser tous les jours et voter écolo parce qu’ils sont gentils les écolos et puis ils se tirent une balle dans le pied en voulant abolir la pollution en faisant des lois anti-OGM alors que c’est ce qui les fait vivre, enfin bref ; tu rentres chez toi, tu t’emmerdes avec le problème de maths du gosse et tu te bas pour que la gamine en pleine crise d’ado qui a pas encore de seins en montre le moins possible de chaque côté du nombril pour aller au collège le lendemain, et quand t’as enfin réussi à coucher les gosses et t’être fait chier devant Julie Lescaut parce que t’as rien d’autre à foutre, et t’être plain pendant la pub parce qu’il y a plus de chocolat, tu te dis qu'après une journée comme ça tu tirerais bien un petit coup, et ben elle a la migraine !

 

              Merci à Sarko de filer la migraine à toutes les nanas après plus de cinq ans de mariage. Alors qu’il aille se faire foutre. Il veut éradiquer la race humaine ce mec, c’est Hitler : il vire les étrangers, il fout les mecs dans la rue parce qu’ils ont un boulot mais on peut plus louer de F2 en dessous de 1800 euros par mois et puis il met les ados en taule quand ils vendent plus de vingt grammes de shit et maintenant il empêche les couples de baiser ! Déjà on fait pas de gosses, mais en plus les gens sont frustrés. Après on se demande pourquoi ils sont méchants… ils sont frustrés les gens. Ils baisent plus.

 

               Ben oui, parce que maintenant, c’est plus comme après mai 68 :

               - Tu baises ?

               - On va chez toi ?

               - Ok. Comment tu t'appelles ?

               Non. Là, il faut parler, inviter à prendre un verre, ne pas être macho, inviter en boite et la laisser se faire peloter par tous les autres mecs qui auraient plus vite fait d'emmener leur femme dans un club échangiste si le seul but c'est de regarder les autres danser en attandant de tirer un demi-coup parce qu'ils sont trop bourrés pour bander, l’emmener au resto, au ciné, en week-end, et une fois sur deux t’as dépensé la moitié de ton salaire pour même pas baiser. Après on s'étonne qu’il y en ait qui votent fasho…

 

               Non, je ne mets pas le succès de Sarko uniquement sur la frustration de ces messieurs.

               Il y a des cons aussi.

04:06 Écrit par Il y a toujours une petite fille. Toujours la m dans Dans mon appartement | Lien permanent | Commentaires (15) |  Facebook |

09/02/2007

Le questionnaire de Proust

Oui, moi aussi. Mais quand on n'a rien à dire, on essaye de passer un peu à travers sa pudeur, et on parle de soi. Même si tout le monde s'en fout.

rock-n-roll[1]

Le bonheur parfait, selon vous ?

Le quoi ? Peut-être l’amour partagé. Si on y croit. Mais le vrai bonheur n’existe pas si on a déjà vécu dans ce monde quelques secondes. Sinon, je sais pas, euh… jouer avec Jean-Louis Aubert ? Mais aussi des petits moments de plaisir, comme découvrir un lieu qu’on ne connaît pas avec une fille qu’on connaît bien.

Où et à quel moment de votre vie avez-vous été le plus heureux ?

Je ne sais pas. Plusieurs moments me viennent à l’esprit. Des étés d’enfance. Ou d’autres moments.

Quelle est votre vertu préférée ?

Tenir ses promesses, respecter sa parole. Il n’y a rien au dessus de ça. (Ce à quoi je manque parfois).

Le principal trait de votre caractère ?

J’essaye de faire ce que je veux, contre la morale, contre toutes les conventions…

Et le trait de votre caractère dont vous êtes le moins fier ?

… Mais la politesse m’en empêche. Et je ne suis pas fier de ma politesse parce que c’est respecter ce que je rejette : les convenances. Mais aussi, une certaine lâcheté. Mais tous les hommes sont lâches (et les femmes hypocrites.. je sens qu’il y en a pas mal qui vont me tomber dessus, mais bon… Trop tard, c’est dit).

La qualité que vous préférez chez les hommes ?

Le désenchantement. (J’ai remplacé « qualité » par « trait de caractère ». Pour « qualité », alors, je dirais la loyauté).

La qualité que vous préférez chez les femmes ?

La largeur d’esprit, et qu’elles aient du caractère.

Votre principal défaut ?

La misanthropie. Je suis asocial.

Votre principale qualité ?

La sincérité, la bizarrerie, la fidélité.

Que possédez-vous de plus cher ?

Ce que je ne possède pas justement : ceux que j’aime. Et puis tout ce que j’ai écrit. Et mes guitares, mes livres.

Quel serait votre plus grand malheur ?

On ne s’attend pas à nos malheurs, et donc je ne sais pas. Peut-être manquer mon suicide. Mais j’espère que mes plus grands malheurs sont déjà arrivés.

Ce que vous appréciez le plus chez vos amis ?

Je ne sais pas. Je ne psychiatrise pas mes amitiés. Je prends ce qui vient.

Votre film culte ? 

Jeux d’enfants, de Yann Samuell, avec Marion Cotillard et Guillaume Canet, et puis La vie est belle de Benigni, et aussi Ca commence aujourd’hui, de Bertrand Tavernier avec Philippe Torreton.

Votre acteur préféré ?

Richard Bohringer, Philippe Torreton, Michel Creton, Jean-François Balmer et puis Bernard tapie aussi.

Votre actrice préférée ?

Marion Cotillard et Sara Forestier.

Votre occupation préférée ?

Ecrire, jouer de la guitare, et le sexe.

La figure historique que vous admirez le plus ?

Mitterrand. Mais aussi Danton.

Le héros de fiction que vous préférez ?

Antigone.

Votre héros aujourd'hui ?

J’admire des gens comme Bohringer, Luchini, et puis d’autres, des anonymes, dont je veux taire le nom, par pudeur. Mais je n’ai pas de héros.

A part vous-même qui voudriez-vous être ?

Personne. Moi uniquement. Faut répondre ? Alors une rock star. Ou un écrivain célèbre.

Votre dernier fou rire ?

Je sais pas. J’ai ris tout à l’heure en lisant un mail, ou quand une amie m’a téléphoné. Mais pas de fou rire.

Et la dernière fois que vous avez pleuré ?

Je pleure pas vraiment en fait. Ou rarement.

Vos peintres préférés ?

Matisse, Miro, Picasso.

Vos auteurs favoris en prose ?

Moi. Plus sérieusement Nothomb. Et puis Sagan, Balzac. Je viens de relire Journal d’Hirondelle, j’en suis encore sur le cul.

Vos auteurs préférés en vers ?

Rimbaud et Baudelaire. Et puis Hugo ; putain mais Hugo c’est extraordinaire !

Votre compositeur préféré ?

Mozart et son Requiem, pareil pour Verdi. Et puis Berlioz aussi, avec la Symphonie Fantastique et notamment la Marche au Supplice, et l’éternelle Neuvième de Beethoven. Et puis Indochine, Placebo, Téléphone, Goldman, les Stones.

Votre plus grande peur ?

Je n'ai pas peur. Sauf parfois sur la route quand je me prends pour Sébastien Loeb. Et j’ai facilement le vertige aussi. En fait, j’ai peur de souffrir physiquement.

Votre plat préféré ?

Les sushi, le foie gras et les Saint-Jacques.

Votre boisson préférée ?

Le Champagne. La Manzana.

La chanson que vous sifflez sous votre douche ?

Je ne siffle pas. Parce qu’en fait, quand on prend une douche, quand on siffle ça merde parce qu’on a de l’eau qui viennent sur les lèvres et puis ça fait des fruft et des shlurps. Vaut mieux chanter. Mais je chante pas non plus sous la douche.

Si vous deviez changer une chose dans votre apparence physique ?

Mon nez et mes cheveux, et mes fesses, et mon ventre, et mes cuisses.

Les fautes pour lesquelles vous avez le plus d'indulgence ?

Celles que je comprends. Les fautes par excès d’amour, par jalousie, par impatience. Et puis aussi les fautes de goût.

Où aimeriez-vous vivre ?

Déjà, aimerais-je vivre ? Au Vietnam ou en Afrique. Sinon, je vois bien une villa en haut d’une falaise, face à la mer, dans un endroit calme près de Banyuls…

La couleur que vous préférez ?

Le noir. Le rouge.

La fleur que vous aimez ?

La rose.

L'oiseau que vous préférez ?

Je ne sais pas.

Votre Fantasme ?

Faire l’amour dans une église. Et sur la plage. Et vendre des bouquins. Faire des concerts.

Ce que vous détestez par-dessus tout ?

Me sentir ne pas exister. Et être dérangé.

Le fait militaire que vous estimez le plus ?

Je n’estime aucun fait militaire. Je les méprise tous.

La réforme que vous estimez le plus ?

L’abolition des privilèges, la nuit du 4 août 1789.

Le don de la nature que vous vous voudriez avoir ?

En avoir une de 30… non pardon. Savoir chanter. Et puis être invisible doit être sympa aussi. Et savoir parler ; je veux dire en tant qu’orateur. Et je n’ai aucune répartie. Et puis j’aimerais aussi me sentir un peu moins désarmé devant un piano.

L'état présent de votre esprit ?

Beaucoup de lassitude, et puis bien sûr inquiet.

Votre devise ?

« Vous me dégoûtez tous avec votre bonheur ! Avec votre vie qu'il faut aimer coûte que coûte... Moi, je veux tout, tout de suite, et que ce soit entier, ou alors je refuse! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d'un petit morceau, si j'ai été bien sage. »  (Anouilh, dans Antigone).

Et puis « Vivre avec les autres, c’est les aimer ou les haïr, mais ne jamais les juger » (De moi).

Qu'avez-vous réussi le mieux dans votre vie?

Je me trouve moi-même assez réussi finalement. Mais sinon, rien. Absolument rien. Et c’est ça qui est extraordinaire : je me suis aperçu que le destin de l’Homme, c’est le ratage. C’est pour ça que la mort ne me fait pas peur.

Votre plus grand regret ?

Ne pas avoir écrit Belle du Seigneur.

Comment aimeriez-vous mourir ?

Jeune. Et une balle dans la tête en pleine rue à un moment où je m’y attends pas me conviendrait parfaitement. (En fait me faire tuer serait assez excitant).

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20:18 Écrit par Il y a toujours une petite fille. Toujours la m dans Dans mon appartement | Lien permanent | Commentaires (11) |  Facebook |

11/01/2007

I'm tired

C’est quoi « Ça » ?

 

Je suis allé marcher dans les rues de la ville. J’ai vu les magasins et je n’ai croisé que des corps sans âme. J’ai pas ouvert la bouche. J’ai laissé le vent siffler dans mes oreilles et la pluie fouetter mon visage et tremper mes cheveux. Une heure et demie. Je pensais que ça allait me faire du bien...

 

Ah bon ? Ca s’appelle comme ça, ça ? Pourquoi elle me dit ça ? C’est bizarre. Je pensais que c’était plus difficile que ça à vivre, ce « ça ». En fait, il suffit d’avoir bien entamé son autodestruction, et de se regarder se finir, se regarder gâcher notre vie. C’est pas compliqué. Je pleure même pas. J’attends. Je fous rien, et j’ai jamais le temps de rien faire.

               Comment on fait pour vivre, putain ? J’en peux plus. J’ai plus le courage de rien. Même pas de crever. J’attends. Rien ne m’intéresse, rien. Les gens qui m’aiment ne me le montrent jamais assez. Impression. Parce que je le montre trop. Toujours. Je peux pas m’empêcher de le dire et le montrer. Je peux pas m’empêcher d’attendre un retour. Et il n’y a pas de retour. Deviens parano. Me détestent tous. S’en foutent, de ma gueule. Une fois on m’a dit « si tu mourais ça me ferait de la peine ». C’est tout ? Moi, si tu partais, ça me tuerait. Malaise.

               J’en ai marre de perdre du temps à attendre. A cogiter. J’arrive pas à réviser pour les partiels. Je vais encore tout foirer. De quoi demain sera fait ? Abandonné de tous ? Dans la rue ? Mort ? Dans un hôpital psychiatrique ?

               J’arrive pas à pleurer et ça m’énerve. Le vase se remplit et j’attends la goûte d’eau qui me donnera l’insupportable. Je sais pas quoi dire. C’est une boule, là, juste en dessous de la poitrine. C’est des pleurs qui ne viennent pas.

               C’est quoi cette impression ? Ca veut dire quoi quand on ressent ça ? J’ai la trouille. J’ai peur pour moi. Vraiment. J’ai peur de tomber. J’ai le vertige et je perds l’équilibre. Lentement ; vraiment.

               Je sais pas quoi dire à part « putain » et « fait chier ». Je me maquille les yeux de noir et j’attends. Je sais pas ce que j’attends. J’attends que ça passe. Jamais je ne saurai dompter le temps. Et qu’on me dise pas que j’écris bien, parce que franchement, je m’en fous.

               J’ai mon âme au bord des yeux. Mais j’ai pas peur pour mon maquillage parce que je sais que ça coulera pas. Je le sais. Qu’est-ce qu’elles deviennent toutes ces larmes qu’on ne pleure pas ?

               Peut-être qu’on m’aime pour la façade que je montre ? Non. Les vrais proches, je leur montre pas de façade. Je m’aime pas. C’est pour ça que je me cache derrière des vêtements noirs, derrière un bracelet, derrière des sourires forcés, derrière un personnage extravagant, derrière du noir autour les yeux, derrière tout ce que ceux qui me connaissent pas croient que je suis. « Personne ne sait que je suis en vrai ». Dans toutes les règles il y a des exceptions. Sauf dans une : je suis fatigué.

               J’arrive pas à mettre des mots sur ce sentiment qui m’habite. J’irais bien faire une longue promenade à la campagne avec quelqu’un que j’aime. J’ai pas assez de force pour me porter seul. Et ma paranoïa me dit que les autres ont lâché prise depuis bien longtemps. Depuis toujours peut-être. 

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               C’est la nuit. J’arrive pas à dormir. La télé en fond sonore, le noir, l’écran de l’ordinateur sur mes genoux qui donne juste assez de lumière pour le livre sur lequel j’arrive pas à me concentrer. A moitié nu, un truc bleu en tissus orientaux assemblés sur moi, assis en tailleur sur le canapé, j’attends. Je sais pas quoi. La télécommande à gauche, le téléphone à droite. J’attends. J’attends que le temps passe. C’est quand on lui fait les gros yeux qu’il reste près de nous. Il est chiant. I’m tired.

03:44 Écrit par Il y a toujours une petite fille. Toujours la m dans Dans mon appartement | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook |

09/01/2007

Le silence gris des livres

Ils attendent, les objets et les Hommes.

 

            C’est une table qui sent la mort. C’est un verre à moitié vide. C’est un ou deux livres ouverts posés sur le canapé rouge, à côté de la guitare qui attend qu’on vienne la gratter en faisant semblant de dormir. Les Bienveillantes de Littell, La possibilité d’une île de Houellebecq. C’est le clavier de l’ordinateur qui attend que mes doigts viennent le frapper, c’est des vêtements pendus qui attendent qu’on les salisse, ce sont quelques papiers qui attendent d’être triés, des livres qui sont rangés et qui attendent d’être lus, c’est un verre et une cuillère qui sont dans l’évier et attendent d’être lavés, ce sont des chaussures qui dorment derrière la porte, un T-shirt sur le dossier du canapé et un bracelet qui attendent d’être portés. C’est quelques post-it avec des citations qui sont plaqués sur la porte et quelques images, aux murs, qui font rêver les âmes mortes. Ce sont des clés qui ouvrent une serrure et un sac poubelle qui attend d’être changé, une cafetière et une serviette en train de sécher. C’est un chiffon blanc au bord de l’évier, une télé éteinte et un réveil, là-haut, qui dit que le temps passe dans un tic-tac assourdissant. C’est Belle du Seigneur de Cohen, les deux tomes des Trois Mousquetaires de Dumas, Germinal et L’assommoir de Zola, Amok de Zweig, Les extraordinaires Misérables de Victor Hugo, quelques dictionnaires, quelques DVD et quelques livres d’Histoire. Il y a aussi des boites de sardines, une écharpe de l’Irlande, quelques stylos, un paquet de mouchoirs en papiers, un briquet, un accordeur électronique, une pièce de cinquante centimes, un dessous de plat, deux coussins et un téléphone, un poster de Che Guevara et des posters d’Indochine. Et puis des livres de poche aussi. Eugénie Grandet de Balzac, Le Grand Meaulnes, unique œuvre d’Alain-Fournier, quelques Coelho, Stendhal, Van Cauvelaert, Werber, Sagan, Le Prince de Machiavel, Des Cendrars, Jean-Pierre Chabrol, Duras et Le Petit Prince de Sant-Exupéry, et puis Antigone de Anouilh, et caetera.

            Je suis plus mort que vif. J’attends. J’attends ce contact avec le monde extérieur que je sens arriver et ça me ronge, ça me coupe la respiration. Ca m’énerve en silence. Le silence du vide. Le calme avant la tempête. Il me tarde de la dompter, cette tempête. Regarder ces jours gris et mornes par la fenêtre, les voitures qui sortent du parking, juste en face, et ces passants dans la rue, qui ne sont plus que des ombres, un vélo qui passe, une femme qui remonte le col de son manteau, et la pluie ou la grisaille qui s’empare de la ville comme les lumières s’emparaient de Constantinople et des villes de Perse, comme dans ce poème de Verlaine, ou de Nerval, ou d’Apollinaire.

            Le temps est gris. Tout est gris, triste et silencieux.

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Demain, dès l’aube…

 

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur

 

Victor Hugo, Les Contemplations, 1856.

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03:11 Écrit par Il y a toujours une petite fille. Toujours la m dans Dans mon appartement | Lien permanent | Commentaires (11) |  Facebook |

01/01/2007

Encore un jour se lève...

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            Quand une année se termine c’est juste un symbole. Une occasion de faire la fête ou alors d’angoisser jusqu’au bout parce qu’on n’a rien de prévu. Et puis pendant la nuit, boire et marcher, de soirées en soirées quand on n’a rien à faire. Etre accueilli à bras ouverts parce que les gens sont déjà plus très frais. Minuit. Ouais… C’est nul. Sert à rien. Encore une soirée. Eux, ils s’étaient défoncés au LSD. Se fixer quelque part après. Continuer à parler. Et puis chez lui. Et puis chez elle. Et puis chez moi. Et puis… sais pas où. Finir la soirée, tous avachis sur des fauteuils ou des canapés. Finir les bouteilles qui traînent par dizaine sur la table, et qui collent. S’endormir, crevé, un peu défoncé. Se forcer à se lever. Et puis tout faire machinalement. Monter dans une voiture ou un taxi sans savoir où on va. Se retrouver ailleurs. Et pareil. Et cætera. Jusqu’à ce qu’on se retrouve chez moi. A midi, ils sont partis. Et j’ai dormi.

            Je n’ai pris aucune bonne résolution. Aucune mauvaise. Rien.

            Cette année fut une des plus riches de ma vie. A la fois, les moments les plus horribles de mon existence, mais aussi les meilleurs, les plus beaux. Début d’année. Angoisse. Angoisse. Angoisse. Angoisse de tout, de la solitude et de mes relations avec lui qui se dégradaient de plus en plus. Je vivais enfermé. J’avais le premier étage pour moi seul, je leur laissais le bas. Et puis la révolution manquée. Parce que les gens savaient pas que c’était une révolution. On aurait du leur dire. On a tout raté. Et puis il y a eu l’épisode du 17 juin. Tout a basculé à ce moment-là. Je suis enfin devenu moi-même. Bonjour Tristesse. L’été. Froid, l’été. Tous les pulls et les manteaux que je pouvais mettre ne me réchauffaient pas, et la condensation de l’air faisait en permanence de la buée en sortant de ma bouche. Brouillard devant les yeux. Et les rencontres. Et puis septembre. L’automne, les feuilles qui tombent des arbres, je suis enfin guérit. Ma tristesse ne s’en va pas pour autant. Quand tu deviens conscient de ce que tu vis, de ce que tu es, quand  tu deviens conscient que ta vie aurait pu être belle, le noir, il est en toi pour toujours. Et puis elle. Qui est entrée dans ma vie. Tout s’est passé si vite… Tout a changé. Grâce à elle. Une vie dans une prison qui nous oblige à vivre pour l’autre. On ne porte plus simplement tout le poids de sa vie, mais on se sent utile en essayant de porter un peu de celle de l’autre. C’est moins lourd. C’est difficile parfois. Mais c’est une prison vraiment jolie. Les murs sont décorés et on n’a pas envie de s’évader. Je ne veux pas être libéré cette année. Et puis le tournant de ma vie. Le déménagement. Mon appartement à moi. Enfin seul. Et puis la fin, l’apothéose. Avec ce concert d’Indochine à Bercy. Belle conclusion. Mais le livre n’est pas terminé…

            Ne pas prévoir. Ne pas prendre de résolutions. Parce que si j’avais décidé de ma vie à l’avance il y a un an, je me serais trompé. Je veux des surprises. Je veux encore de la richesse. Cette année, cette richesse, c’est moi qui l’ai provoquée. Notre vie, on la choisit. Sauf pour les sentiments. Ca fait mal de vivre. Ca fait mal d’aimer. Le bonheur est à la hauteur du mal qu’il nous fait.

            Que le futur soit moins noir. Et c’est tout.

19:42 Écrit par Il y a toujours une petite fille. Toujours la m dans Sur la route des Mots | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook |

11/12/2006

Amour propre (3/3)

"C'était bien"

pc13[1]

Voilà. C’est terminé. L’embrasser une dernière fois. Et puis attendre un peu. Le train s’en va.

Voilà. Tu regarderas encore longtemps le dernier wagon s’enfoncer dans le brouillard de la gare et te laisser là, les mains dans les poches, dans le froid et la solitude. Elle est partie.

Retour dans l’appartement. Trop froid pour toi. Trop chaud pour elle. Ce livret de CD qu’elle lisait cette nuit alors que tu pleurais dans ses bras est encore là, sur la table. Ce CD de Noir Désir qui te rappellera maintenant son départ. Son verre, que vous n’avez pas rangé, dans lequel elle ne boira plus. Vide. La vaisselle dans laquelle vous avez mangé ensemble pas encore lavée dans l’évier. Ces DVD que vous avez regardés. La télé. Le canapé sur lequel vous vous s’asseyiez. Tu la regardais y dormir, avec son visage apaisé et ses yeux fermés.

Vous saviez pourtant. Vous saviez que ce serait ce matin. Tu ne pensais pas que ça aurait été aussi difficile. Comment on fait pour ne pas chialer comme un gosse quand le train commence à rouler doucement à un mètre de soi, puis de plus en plus vite ? C’est triste un train qui s’en va dans le brouillard du matin. C’est triste parce qu’elle est dedans, et toi ici. A terre. Tué sur place.

T’as commencé à marcher sur le quai, et tu es descendu par les escaliers sous les rails alors que cette chenille qui s’éloignait vers l’horizon te dépassait dans un bruit que tu n’entendais pas. Tu es remonté de l’autre côté. Le silence de cette petite gare vide de trains et vide d’elle t’enveloppait et ne voulait pas sécher tes larmes. Il y avait des amoureux qui se disaient au revoir, une vieille qui compostait son billet, et un homme avec une valise qui achetait une bouteille d’eau.

Elle partait.

Pas toi.

Il y a Les fourmis de Werber, L’Etranger de Camus et Métaphysique des tubes de Nothomb, qu’elle a commencé. Ils sont là, juste à attendre ses doigts qui vont aller se perdre dans d’autres mains, ses yeux qui vont aller t’oublier dans d’autres visages. Cette couverture qui ne la chauffera plus et ce coussin contre lequel tu t’allonges et que tu respires parce qu’il porte encore son odeur, et sur lequel elle ne posera plus la tête. La télécommande du lecteur DVD qui marchait une fois sur deux reste posée là, à l’attendre. T’oses pas y toucher.

Et puis surtout, ce billet de train « aller » posé devant toi, qu’elle a déchiré en deux, que tu garderas, avec le nom de sa ville à côté du mot « Départ », et celui de la tienne à côté du mot « Arrivée ».

Il y a aussi ces deux DVD qu’il faut que tu ramènes au vidéoclub tout-à-l’heure. Pas envie. Pas envie non plus d’aller bosser ce soir. T’as envie de dormir, parce que là, vivre, c’est trop dur. T’as envie qu’elle te téléphone pour entendre encore le son de sa voix, qui te manque tellement aujourd’hui.

Tout est vide sans elle. Elle te manque.

Ses yeux noirs et son sourire qui te regardaient te manquent ; ce sourire que tu aimes tant. Ses jupes bizarres et ses chaussures te manquent. Ses lingettes démaquillantes avec lesquelles elle ne se démaquillait pas te manquent. Il n’y a plus sa brosse à dents ni son mascara dans l’armoire à glace au dessus du lavabo. Il n’y a plus son sac devant la cheminée et il n’y a plus ses cheveux qui baignaient dans l’air.

Il n’y a plus que tes larmes sur tes feuilles qui n’en finissent plus de se noircir de Tristesse. Il n’y a plus que ce morceau de Sopalin avec lequel elle a essuyé de l’eau sur la table qui traîne là depuis cette nuit. T’as pas le courage d’ouvrir le frigo pour voir le reste de la bouteille de Coca Light.

 

T’écoutes L’appartement.

« Attends-moi, toi tu es la reine

Des sommets, l’orage sévit dans les plaines

Tu ne m’entends pas

Je suis parasité, malgré moi… »

 

Il y a deux fois son prénom dans cette chanson. Tout ça est vide. Vide d’elle. Tu ne sais pas quoi faire. Tu es perdu. Le point de l’horizon si brillant parmi tous les autres points – si beau, si coloré – s’est éloigné dans un dernier sourire. Et un dernier instant. Elle t’a dit « c’était bien ». Et puis voilà. Dans le train. Fini. T’as plus que ta mémoire pour la voir et tes larmes qui n’en finissent pas de noyer ta feuille…

 

Tu viens de rentrer chez toi. Tu ne vas pas aller en cours ce matin. Tu ne sauras pas ne pas pleurer au milieu de ces gens, de ces visages hostiles, cachés par le sien qui éblouirait – et qui éblouissait – cet amphi, cette bibliothèque, cette cafétéria, ces rues et ce froid qui te piquerait les yeux et les mains. Rester quelques minutes avec elle sur le quai. Une dizaine, peut-être. Et puis le train. Tu aurais bien voulu la serrer dans tes bras une dernière fois. Mais le train allait partir et un monsieur derrière toi voulait y monter. Tu es redescendu sur le bitûme. Et tu as entendu sa dernière phrase qui restera gravée en toi pour longtemps, qui a marqué ces moments, ces instants, ces jours que vous avez vécus ensemble. « C’était bien ». Et son dernier sourire. Et voilà. Son départ. Et puis son absence dans ce matin gris et froid de novembre.
C’est vrai :

Il est certaines blessures

Au goût de victoires

Ou alors certaines victoires au goût de blessures. Tu dirais ça, plutôt, toi.

T’as envie de sentir encore son odeur près de toi, ses mains dans ton cou et les tiennes dans son dos, vos regards qui se croisent…

Ca fait bizarre de rentrer après, et voir que rien n’a changé. Mais qu’elle n’est plus là. Tous ces objets témoignent des habitudes que vous avez prises ensemble pendant ces quelques jours de Paradis. Ca faisait bizarre d’être heureux…

Mais les larmes qui remplissent la Tristesse ne remplaceront jamais l’absence. Elle t’a appris une des choses les plus importantes de ta vie : lorsqu’on goûte au bonheur – le vrai – quelques jours, lorsqu’on va toucher du doigt le soleil et la lune, alors la retombée est difficile. Il n’y a plus de pesanteur. Tu t’écrases lourdement sur le sol. Elle n’est plus là pour te garder là-haut. Plus on est heureux un moment, plus on est blessé ensuite. La somme de nos souffrances est le résultat direct de la grandeur du bonheur précédent.

Plus on est heureux avant, plus le souvenir du bonheur est difficile, et plus on souffre après. Le mot de la fin, c’est elle qui l’a eu : « c’était bien ».

 

Tu es égoïste. Tu sais que les instants que vous avez vécus n’étaient pas tous beaux pour elle. Mais ce sont ses blessures d’enfance pas encore pansées, encore à vif sous les cicatrices de la distraction qui lui donnent ses souffrances, ses picotements au fond de ses yeux noirs.

Tu noies tes larmes la tête posée sur ce coussin qui porte toujours son odeur. Il est bientôt cinq heures. Elle va arriver à la gare de sa ville. Passer la journée à penser à elle a été le moment le plus triste de ces quelques jours. Parce que son absence est si présente, le vide dans cet appartement est tellement grand, sans elle… L’au revoir, c’est la sanction du fait que l’on s’est vu. L’au revoir est un maître sévère.
           Maintenant, tu ne diras plus « on va rentrer », mais « je vais rentrer ». Vous n’irez plus faire les courses ensemble. Elle ne te fera plus découvrir Björk et toi Noir Désir. Elle ne sera plus là pour éclairer tes jours et tes soirs. La lumière est éteinte, et tu laisses le crépuscule entrer par la fenêtre. Tu fermeras les volets sur cette journée de brouillard et de bruine tout-à-l’heure. Le jour qui tombe n’a jamais été aussi triste que ce soir. Le soleil qui s’en va vers l’horizon. Elle, elle doit descendre du train. Il est l’heure.

Le vide et le silence t’enveloppent. Tu termines ce texte, tu termines une journée où vous n’existiez plus. Une journée semblable aux autres. Sauf que c’est ce matin que tu l’as regardé, la gorge et le ventre noués, le train qui a creusé les restes de lambeaux de nuit, avec elle dedans.

 

Tu peux lui dire un grand merci pour ce qu’elle t’as donné ; pour ces jours merveilleux. Tu es triste, ce soir, parce qu’elle t’as fait connaître le bonheur. Elle est belle.

C’est vrai ce qu’elle a dit : « c’était bien ».

REM-01[1]

00:51 Écrit par Il y a toujours une petite fille. Toujours la m dans Dans mon appartement | Lien permanent | Commentaires (14) |  Facebook |